Diocèse d’Aire-et-Dax
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Les croix de chemins

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  • 5 décembre 2007
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Le premier rôle d’une croix est de christianiser un lieu.


Nombreuses sont encore, dans les Landes, les croix de chemins. La plupart sont situées à des carrefours : symbolisme de la "croisée des chemins" ou rôle plus prosaïque d’indicateurs ?
Croix en général petites, simples et nues, d’abord en bois, puis en ciment ou en fer, elles servaient aux processions et notamment aux rogations. Elles balisaient, à l’occasion, la voie des morts : de la maison du défunt à l’église paroissiale, le convoi funéraire s’arrêtait à chaque croix située sur sa route et l’on récitait quelques prières appropriées.

Plus monumentales sont les croix de missions ; ce sont généralement des calvaires qui rappellent le sacrifice du Christ.
Erigées en souvenir d’une mission c’est-à-dire d’une ou plusieurs journées de catéchèse, elles portent généralement une inscription commémorative et la date de la mission. On les trouve certes au bord des chemins, mais aussi à des carrefours et dans les cimetières. C’est à partir du XVIIIe siècle surtout que les missions se multiplient dans les paroisses landaises.

Les rogations
Du latin "rogatio", les rogations, ou litanies mineures, sont des prières de demande. Elles ont été instituées vers 469 par St Mamert, évêque de Vienne en Dauphiné. Souvenons-nous, ce saint figurait dans la trilogie des "saints de glace" au côté des saints Pancrace et Servais dont la fête tombait les 11, 12 et 13 mai.
C’est à cette époque, en effet, que pouvaient survenir les dernières gelées, les plus dangereuses pour la végétation, en particulier en Auvergne où leur pratique fut très tôt introduite.
Au 6ème siècle, plusieurs conciles provinciaux ordonnent de les célébrer et unifient leurs dates aux trois jours précédant l’Ascension. Le pape Grégoire 1er les institue ensuite à Rome.
En 1969, lors de la réforme liturgique issue de Vatican II, le nouveau "calendarium romanum" a maintenu les prières des rogations, mais en précisant qu’elles ne pouvaient être célébrées à la même date sur toute la terre : effectivement, au printemps de l’hémisphère nord, correspond l’automne de l’hémisphère sud ! Il chargeait donc les Conférences épiscopales d’en fixer la "discipline" mais, à ce jour, la Conférence épiscopale française n’a rien décidé.

La fête des rogations est en effet aujourd’hui, bien oubliée. Elle revêtait pourtant, il n’y a pas si longtemps encore une grande importance, surtout en milieu rural.
Souvenons-nous : Curé en tête, la procession des paroissiens traversait le terroir de part en part, s’arrêtant aux croix pour bénir les prés et les champs. Chaque jour, on prenait un itinéraire différent de façon à couvrir l’ensemble de la commune. Lorsque la distance totale à parcourir était faible, il arrivait que chaque journée soit consacrée à un type particulier de cultures. Le but était évidemment de garantir, par des prières adéquates, la prospérité de la communauté villageoise en protégeant ses futures récoltes, entre autres des caprices du temps ! C’est pourquoi il importait aux paysans de disposer des croix aux endroits stratégiques, donnant sur leurs exploitations.
Les rogations étaient, certes, des prières de demande, mais elles rassemblaient, en communion, tout le village dans une immense ferveur, prenant l’allure d’un pèlerinage local, car on marchait….beaucoup ! Les enfants participaient aussi, tôt le matin, avant de partir à l’école ! A chaque "station", le prêtre trouvait une offrande à son intention, des œufs d’abord, parfois une botte d’asperges et plus tard une "enveloppe" !.
Laissons une Landaise nous conter de sa plume alerte, une de ces rogations de son enfance, bien avant la guerre : "…Dans mon village, les rogations se faisaient en trois sorties. Le prêtre, les enfants des catéchismes, quelques bons marcheurs, précédés de la croix et de l’enfant de chœur avec sa clochette, parcouraient la campagne pour bénir les champs et les récoltes futures. Les trois itinéraires étaient dispersés jusqu’aux extrémités de la commune. Les femmes de chaque quartier "habillaient" leur croix, c’est-à-dire la décoraient de verdure et de fleurs ; une petite table juponnée d’une jolie nappe accueillait les offrandes pour le prêtre : des œufs dans un panier… le tout joliment présenté avec des fleurs nouvelles du printemps. L’enfant de chœur faisait tinter la clochette, les femmes du quartier recevaient la bénédiction, le bedeau collectait les œufs et la procession repartait en chantant à travers champs, jusqu’à la prochaine croix. C’était une fort aimable coutume, pleine de foi, de naturel et de fraîcheur !..."
Tout est dit, avec une sensibilité exquise !

Aujourd’hui, cette charmante coutume est tombée en désuétude, mais il nous reste les rameaux, bénis précisément le dimanche des Rameaux, dont on place volontiers un brin à l’entrée de chaque champ, voire aux quatre coins !

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