Diocèse d’Aire-et-Dax
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      Journée d’étude "Accueillir et accompagner les personnes déboutées"

Journée d’étude "Accueillir et accompagner les personnes déboutées"

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  • 20 février 2019
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Déléguée de l’équipe de la pastorale diocésaine qui accompagne des migrants déboutés, j’ai participé, ce 8 février, dans l’amphithéâtre de la Maison de la CEF à Paris, à la journée d’étude du SNPM.


Une belle journée aux portes d’entrées multiples pour améliorer notre service des réfugiés déboutés :

  • les personnes déboutées elles-mêmes,
  • les enjeux et défis de rester,
  • l’accompagnement au quotidien de ces situations nouvelles,
  • les réflexions pour un juste accompagnement

Ce fut une alternance de présentations et de tables rondes.

Le Père Carlos Caetano, Directeur de la Pastorale des Migrants de France a présenté le contenu de la journée, nous invitant d’emblée à la posture d’accueil et d’accompagnement des Migrants nous rappelant Matthieu 25,

« j’étais un étranger et vous m’avez accueilli »

.
Nous sommes renvoyés à la question du livre de la Genèse :

« Qu’as-tu fait de ton frère ? »

(Gen IV, 10), a-t-il continué.

Nous avons ouvert par une présentation de la thématique des personnes déboutées par la première table ronde modérée par M. Josselin Dravigny de la revue Migrations et société. Avec Claire SABAH du Secours Catholique-Sibel Agrali (assocaition Primo Levi), Maguy Pellerin (Gisti) et Christian Mellon du CERAS (comme intervenant).

Nous avons clarifiés le terme : « Déboutés » ; le droit d’asile et/ou le titre de séjour est refusé par les services administratifs souvent à la suite d’un contact et/ou d’un bref interrogatoire. Dès la réception de l’avis de refus, la personne entre en situation de danger et de grande précarité. Elle devient du jour au lendemain une personne sans droits, sans titre, sans papiers sans autorisation de travailler, sans ressources. La reconduction forcée à la frontière est alors proposée. Pour ces personnes, c’est un constat d’échec qui s’ajoute aux drames qui les ont déterminés à quitter leur pays.

L’avenir des mineurs est difficilement supportable. Ils sont protégés tant qu’ils sont mineurs (études - soins médicaux - hébergement…) mais seront déboutés dès leur majorité atteinte. Sans droits et ayant atteint leur majorité, ils entrent souvent dans la marginalité et ses implications. En France, face aux 123000 demandes de statut de réfugiés, on estime à 75300 les candidats déboutés.

Face à cette situation, de nombreuses personnes n’acceptent pas l’intolérable. Les associations caritatives ou civiles prennent le parti d’aider le débouté, d’autres se créent : Primo Levi (24 ans d’existence) - Gesti - Ceras - Expulsion...
On a évoqué des personnes persécutées dans leur pays et déboutées en France ce qui provoque des réactions dans de nombreux pays. Cela est insoutenable. D’autres associations sont créées.

Puis, j’ai participé à une autre table ronde : Rester ou partir ?
Elle était modérée par Geneviève Jacques de la Cimade, l’association Expulsion, Anne Bicot, déléguée à la pastorale des migrants du Mans, Nassim Majdi du Think Thank, Samuel Hall, Ingrid Normand du service d’immigration, du retour de la réinsertion et de l’international.

Pour bien accompagner cette situation, il faut se demander si c’est le départ contraint, forcé ou choisi. Cela est complexe, voire ambigu. Il faut savoir que des centres de formation au retour volontaire ont été mis sur pied. S’il faut partir, vers quelle destination ? et pour rester, le pays d’accueil n’est pas encore bien connu.
Le retour est une nouvelle aventure de migration. Après avoir rêvé de rentrer chez soi avec une belle expérience, on retourne perdant, n’ayant pas été accepté. Cela est humiliant d’autant que la nouvelle a été reçue par courrier de façon administrative ce qui n’aide pas à entendre cette décision. Comme la plupart, ont été abîmés par leur traversée, ils ne sont plus en mesure de répondre durant les séances d’entretien. Ou bien, ils répondent « oui » sans comprendre les questions.

Une autre table ronde est proposée : « Accompagner le quotidien »
Elle est modérée modérée par Mg Benouist de Sinety (évêque auxiliaire de Paris) avec M. Baudoin - Mme Van Overstraeten- Ordre de Malte et Sr Joëlle Staquet (de Calais)

Il est rappelé qu’en Église, la notion d’étranger n’existe pas. La loi est garante de l’ordre mais c’est la personne qui prime.

Etre débouté d’une demande de permis de séjour n’est pas une fin en soi pour toute régularisation. Il y a parfois des possibilités. La décision du retour dans son pays d’origine ne doit pas être prise sans accompagnement. Etre débouté, c’est devenir sans papier, et souvent pour la personne, ne plus exister, ce qui aggrave la précarité.

Comment aider ces personnes ?
D’abord garder en mémoire la Circulaire de novembre 2012 toujours en vigueur :

« Toute personne a le droit d’être protégée. »

Il ne s’agit pas de vouloir rester à tout prix mais d’aider la personne déboutée à discerner un projet de vie.

Rappelons-nous que toute personne a droit à l’accès aux soins. Plusieurs ont eu l’injonction de conserver leurs pathologies pour pouvoir rester. Un grand nombre de migrants présentent des symptômes d’état de détresse (manque de sommeil, cauchemars, douleurs diverses persistantes, inaptitude à la concentration, perte de mémoire –spécialement chez ceux ayant effectués des études supérieures), non reconnus comme pathologie.

Intéressant de savoir que la personne déboutée garde le droit au compte bancaire. Par contre elles ne sont pas autorisées à travailler. S’ils ont des enfants de 6 à 16 ans, leur scolarisation est obligatoire. Puis sont évoquées diverses initiatives d’accompagnement : un diocèse par une association offre des logements de 2 à 4 jours pour des déboutés, depuis 2016, une maison d’accueil à Calais propose douches et WC et un accompagnement des personnes. On constate même des chemins spirituels de certains qui parviennent à retrouver goût d’existence.

Vient un autre temps pour
aider à « Bien se situer dans l’accompagnement des personnes déboutées. »

Le modérateur est Père Paumard jésuite du service ignatien des réfugiés, François Soulage de l’association « Alerte », d’un évêque : Denis Jachiet et de Mr Philippe Colletet de Sr Christine Kohler du service national de la pastorale des migrants.


Il est important de ne pas se substituer à l’autre et de ne pas se décourager. Les déboutés sont des oubliés. Il nous faut faire le lien entre la Justice et la Charité. La charité du cœur est reconnaissance de la dignité.

Il nous faut nous attaquer aux racines du mal.

Il faut rappeler avec d’autres que les droit de l’homme ne sont pas respectés. Nous sommes crédibles lorsque nous voulons changer la Loi. Il faut promouvoir l’action collective, construire des réseaux.

Dans tous les cas, être efficace suppose :

  • travailler avec d’autres ;
  • se situer à sa juste place (bénévole c’est tout) ;
  • conserver son espace personnel ;
  • prendre les temps de la rencontre ;
  • prendre du recul et un temps pour la relecture :
  • en situation bloquée, se redire que Dieu est toujours une parole de vie et d’espérance

Nous étions une centaine de plusieurs diocèses. Ces diverses paroles et temps d’échanges nous ont permis de nous faire plus attentif à la triste réalité des déboutés dont nous sommes proches. La mise en commun de nos diverses démarches nous a aidé à oser encore davantage à vivre la solidarité avec d’autres.

Sr Jacqueline, Fille de la Charité

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