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    Islam et catholicisme, la longue marche vers la paix

Islam et catholicisme, la longue marche vers la paix 

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  • 19 février 2019
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Le Pape a co-signé, le 4 février dernier, un texte avec un des plus hauts représentants de l’islam dans le monde. Le texte marque une étape importante, mais aussi logique et cohérente, dans les relations entre catholiques et musulmans.


Le pape est assis à une table, avec l’imam Ahmad al-Tayyeb. Ce n’est pas la première fois que les deux dignitaires se voient, ils en sont même à leur quatrième rencontre. Ils s’apprêtent à signer un texte, commun, qui appelle à la paix, à l’unité et à la fraternité. Une photo de cet événement historique a fait le tour du monde.


C’est le pape François qui a rétabli, depuis 2016, le dialogue avec une des plus hautes autorités de l’islam sunnite, après un silence de plusieurs années. On peut donc supposer que ce texte est le fruit de leurs rencontres, de l’ouverture du pape François vers l’islam mais aussi vers les différents pays musulmans. Depuis 2013, il s’est rendu en Palestine, en Jordanie, en Turquie, au Centrafrique, en Egypte, et dernièrement aux Emirats Arabes Unis. Et il se rendra dans quelques jours au Maroc. Beaucoup s’interrogent sur l’intérêt de ce texte, sans même se demander comment il a été rendu possible.


Pourquoi un haut dignitaire musulman prendrait-il le risque, surtout politique, de co-signer un texte avec la plus haute autorité de l’Eglise Catholique ? D’ailleurs, que contient ce texte qui engage quand même la parole de ceux qui le signent ? 
Il déclare :

▪ Personne n’est autorisé, en aucun cas, à utiliser le nom de Dieu pour justifier la guerre, le terrorisme ou toute autre forme de violence.
▪ Toute vie doit être sauvegardée.
▪ Les droits des femmes doivent être pleinement reconnus. Toute pratique discriminatoire à leur encontre doit être rejetée.

Nous admettrons sans difficulté que ce texte est plus facile à signer pour le pape que pour un imam, recteur de l’université Al-Azhar, considérée comme la plus haute autorité de l’islam sunnite. Le sunnisme est le courant majoritaire au sein de l’islam. 90 % des musulmans dans le monde aujourd’hui sont sunnites. 375,000 étudiants ont fréquenté cette université en 2004, preuve de son importance au sein de la religion musulmane. Obtenir la signature de ce document était donc déjà un exploit en soi.

Il est tout aussi important de noter que François est dans la continuité de ses prédécesseurs. La déclaration Nostra Aetate, fruit du Concile Vatican II, demandait déjà aux croyants des différentes religions de travailler ensemble pour un monde meilleur. La même déclaration appelait à une plus grande collaboration entre chrétiens et musulmans, notamment au niveau de la justice, sans toutefois gommer les différences, réelles, existant entre les deux religions. Cette déclaration, promulguée en 1965 par Paul VI, est approuvée par 2221 voix contre 88. C’est Jean Paul II qui a institué en 1986 les rencontres d’Assise, invitant toutes les grandes religions à prier pour la paix.
Lors de son voyage au Maroc en 1985, il disait ceci :

« Chrétiens et musulmans, nous avons beaucoup de choses en commun, comme croyants et comme hommes. Nous vivons dans le même monde, marqué par de nombreux signes d’espérance, mais aussi par de multiples signes d’angoisse »

. Et il ajoutait un peu plus loin :

« Nous sommes des chercheurs de Dieu. L’Eglise Catholique regarde avec respect et reconnaît la qualité de votre démarche religieuse, la richesse de votre tradition spirituelle ».


Benoit XVI s’était lui aussi rendu en Turquie et c’est sous son pontificat que s’était déroulé le premier forum islamo-catholique à Rome en 2007. Il sera le premier pape à entrer au Dôme du Rocher, troisième lieu saint de l’islam !
Le texte signé ce 4 février est donc le fruit d’un long travail commencé en 1965 et qui avait déjà pour but d’appeler chrétiens et musulmans à vivre en paix en étant un moteur pour le monde. Le pape François a fait un pas de plus en étant le premier pape à se rendre en péninsule arabique et en faisant signer un texte majeur, politiquement et religieusement. Les critiques n’ont pas tardé à pleuvoir, au sein même de l’Eglise catholique ; certains reprochant au Vatican de « s’aplatir devant l’islam » et de « vivre dans un monde de bisounours ». Les plus modérés disent que ce n’est qu’un texte et qu’il n’a qu’une portée symbolique. Pourtant en France, nous peinons à trouver un interlocuteur crédible pour la religion musulmane qui convienne à tous. L’exploit du pape mais aussi de la diplomatie vaticane est donc réel.


Dans une partie du monde où le nom de Dieu est souvent utilisé, par certains, pour justifier les pires atrocités et injustices, la démarche du pape François ne manque pas de singularité. Quand il appelle à une meilleure reconnaissance des droits des femmes, dans un pays voisin de l’Arabie Saoudite et qui a lui-même ses propres difficultés sur ce sujet, quand il célèbre dans un pays musulman, une messe rassemblant plus de 130 000 fidèles, il démontre à quel point l’Eglise réussit là où beaucoup échouent.
Sans doute, durant ce même voyage, se rappelait-il un autre François, venu d’Assise, qui, 800 ans avant lui, faisait la rencontre du sultan Al-Kamil.
JP Olivier François

- Lire le texte intégral : La fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune
- Communiqué de Mgr Souchu suite au texte du pape et du grand Imam d’Al Azar, Ahmad Al Tayyeb, aux Emirats Arabes Unis
- Messe à Abou Dhabi : témoignage de Français

En savoir plus

Information du 19/02/2019 de la Conférence des évêques de France :
Le Saint-Père se rendra au Maroc le samedi 30 et dimanche 31 mars 2019

La direction de la Communication de la CEF organise une table ronde avec quatre directeurs de service : le père Emmanuel Gougaud, directeur du Service national pour l’unité des chrétiens, le père Antoine Sondag, directeur du Service national de la mission universelle de l’Église, le père Carlos Caetano, directeur du Service national de la pastorale des migrants et des personnes itinérantes, et le père Vincent Feroldi, directeur du Service national pour les relations avec les musulmans.

Après la présentation du Maroc, les relations de l’Eglise avec l’Islam ainsi que les relations du Saint-Siège avec le monde musulman seront abordées. Une vidéo sera tournée et montée dans les semaines à venir.

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