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      Devons-nous avoir honte d’être catholique ?

Devons-nous avoir honte d’être catholique ?

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  • 15 mars 2019
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Une question qui s’invite suite à la projection du film de François Ozon et la succession d’affaires graves qui secouent l’église Catholique. Nous vous proposons quelques réflexions de laïcs, évêques et un communiqué du Conseil Permanent en guise de retour sur ces terribles évènements.


Un membre de l’équipe de rédaction a été voir le film de François Ozon, à l’affiche ces jours-ci dans nos cinémas. Elle nous partage ci-dessous ces réactions :

Je suis allée, dimanche dernier, voir le film de François Ozon « Grâce à Dieu ». La salle était bien remplie, par une assistance dont la moyenne d’âge était au-dessus de quarante ans. C’est un film fort, où le talent du cinéaste donne toute sa mesure. Attaché à ses personnages, il nous fait suivre le difficile chemin des victimes du père Preynat qui se battent pour que soit reconnue leur souffrance. En face d’elles, l’Eglise est montrée comme une institution perturbée par une telle affaire, mais dont les atermoiements créent un vrai malaise. La figure du cardinal Barbarin devient pour ces hommes le symbole de ces tergiversations. La création de l’association « La parole libérée » mettra en évidence les manques et les silences coupables des prédécesseurs du cardinal, sur qui retombera tout l’opprobre.
Lorsque la salle s’est rallumée, après les applaudissements d’une partie des spectateurs, je suis sortie dans le silence, profondément émue et habitée par un sentiment troublant, une certaine honte d’être catholique… C’est bête, bien sûr, nous n’avons pas à rougir de notre foi, mais c’est pourtant ce sentiment que je voulais vous partager… Aujourd’hui, avec le torrent de boue qui inonde les instances catholiques, avec toutes ces sinistres affaires dont la presse fait ses choux gras, comment garder la sérénité et la confiance ?


C’est pour répondre à ce témoignage et au trouble que ressentent bien des chrétiens aujourd’hui que nous voulons vous partager cette interview de Mgr Ravel, archevêque de Strasbourg, répondant aux questions d’une journaliste suisse, à l’occasion de la publication d’un ouvrage sur ce sujet douloureux : Comme un cœur qui écoute (Artège, 2019) Interview réalisée le 7 mars 2019 par Bénédicte Drouin-Jollès pour www.cath.ch (portail catholique suisse).

- En ce moment, toutes les semaines on découvre qu’un nouveau pasteur, voire un évêque ou un cardinal a commis des abus sexuels. Mgr Ravel, que vous inspirent ces révélations ?

Mgr Luc Ravel :
En devenant évêque il y a 10 ans, j’ai découvert l’ampleur des abus sexuels dans l’Eglise. Elle ne fait que se confirmer. Les chiffres tombent montrant les dégâts importants commis à tous les niveaux. Que ce soit un simple prêtre ou un cardinal ne change pas grand-chose à la douleur des victimes, mais, pour l’institution ecclésiale, le retentissement est lourd. Non seulement certains responsables n’ont pas été clairs dans la façon de gérer ces affaires, mais ils ont été directement impliqués.
C’est un séisme dans mon cœur d’évêque. Tous les jours, dans un acte de foi, je renouvelle mon amour pour l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique, car ces événements pourraient faire trembler ma foi.
Vous affirmez, et le pape le rappelle, que ces drames concernent tous les chrétiens. Pourquoi ? Est-ce que ne sont pas les évêques et les supérieurs de séminaires qui sont les premiers concernés ?

Je dis à ceux qui voudraient passer à autre chose : « Ayez le courage de regarder les choses en face, ces affaires vous concernent, même si vous n’êtes pas fautifs. ». Sans culpabiliser les chrétiens, il faut les responsabiliser. Nous sommes tous membres d’un seul corps, le Corps du Christ. Nous participons à ses joies et ses souffrances. Nous sommes invités à porter ces drames et leurs victimes par la prière, le jeûne et la pénitence.
Par notre vigilance, nous pouvons aussi prévenir ou limiter ces abus.
Celui qui découvre qu’il est atteint d’un cancer, prend les moyens de lutter contre, même si une chimiothérapie est lourde et fatigante… Aucun malade ne dira : « Les consultations médicales suffisent, je passe à autre chose. »
Aujourd’hui l’Eglise est atteinte d’un cancer métastasé. Nous ne sommes qu’au milieu du gué, d’autres révélations vont tomber et ailleurs que dans les pays occidentaux. Je pense à l’Asie, l’Inde ou l’Afrique, pays à forte catholicité. En Afrique, on sait qu’il n’est pas rare que des prêtres ou des évêques abusent de jeunes religieuses novices sous l’œil complice de leurs supérieures. Aujourd’hui ne pas affronter ces questions, comme laïcs ou comme consacrés serait suicidaire.

- Voyez-vous un lien entre le manque de fécondité de l’Eglise depuis 70 ans et le cancer de la pédophilie ?

Les témoignages des victimes nous permettent de prendre conscience des ravages visibles, mais aussi invisibles. Le corps du Christ qu’est l’Eglise est d’abord lié par des relations sacramentelles, non visibles mais réelles. Chaque sacrement reçu dans la foi nourrit la communion de l’Eglise. Les abus sexuels au contraire distillent un poison qui l’altère depuis des dizaines d’années. Une part de l’infécondité de l’Eglise qui voit ses rangs et ses séminaires se vider depuis un demi-siècle est sans doute en partie due à ces contre-témoignages.

- Vous avez rencontré plusieurs victimes de votre diocèse, qu’est-ce qui vous marque chez elles ?

J’ai rencontré plus d’une vingtaine de victimes. Ma première constatation, c’est que, même quand les faits sont très anciens, la blessure est toujours ouverte, certains y repensent tous les jours. Beaucoup de chrétiens ignorent ce que vit une personne qui a été abusée par un prêtre, comment arriver ensuite à continuer à croire en Dieu, à trouver du sens à sa vie ? L’autre point qui me touche est la confiance que ces victimes font à l’Eglise en allant voir un évêque pour parler. Certains de nos contemporains rejettent violemment l’Eglise, demandent à être débaptisés, mais comment s’en étonner s’ils ont été les souffre-douleurs d’un homme d’Eglise ?
Tous les enfants peuvent être des cibles à un moment ou un autre, les parents doivent les mettre en garde, leur apprendre à être prudents, sans non plus les plonger dans un climat de peur. Il faut aussi savoir qu’en cas de problème, le viol ou l’abus créent un phénomène de sidération qui empêche l’enfant de parler.

Peut-on repérer les « prêtres abuseurs » ?

Il n’est pas si facile d’identifier ces prêtres. Le père Maciel, fondateur des Légionnaires du Christ, crapuleux et pervers, a berné des évêques et même le pape. Mystérieusement, malgré tout, la grâce de Dieu, par la communion de l’Eglise, a pu parfois porter des fruits à travers lui. Saint Augustin disait que quand Pierre ou Judas l’Iscariote baptisait, à chaque fois, Jésus baptisait parce que chacun d’eux avait été ordonné prêtre.
Nous avons à faire un effort de discernement pour suivre, non pas des fortes personnalités séduisantes, mais pour revenir à l’évangile.
Les abuseurs que j’ai rencontrés sont le plus souvent dans le déni, ils essaient de se faire passer pour victimes. Ils présentent des personnalités immatures et autocentrées, souvent perverses au sens psychiatrique. Ils sont séducteurs et capables de manipulation : celle-ci est par définition peu détectable. Brillants, ils agissent en prenant leur temps, abusant de leur statut de prêtre. Ils bernent les familles dont ils sont amis comme leur communauté paroissiale. Ils la divisent souvent, suscitant des opposants farouches d’un côté, et de l’autre des fidèles admiratifs.
Les fidèles ont à faire preuve de respect mais aussi de maturité vis-à-vis de leurs pasteurs. Nous avons à faire un effort de discernement pour suivre, non pas des fortes personnalités séduisantes, mais pour revenir à l’évangile dans lequel Jésus nous met d’ailleurs en garde contre les mauvais bergers et les faux prophètes. Les saints prêtres sont effacés, leur humilité les rend transparents au Christ. Lui seul est digne de confiance, Il est le seul sauveur. Voilà ce qu’affirmait, il y a 15 siècles, saint Augustin confronté aux mêmes questions.

- Vous écrivez encore dans votre ouvrage que le fait de vouloir éviter les scandales a contribué au pourrissement du système. Qu’est-ce qui peut l’assainir et éviter de nouveaux abus ?

C’est la question aujourd’hui. Un certain nombre de victimes et de medias ont été un peu déçus par les résultats trop peu concrets du sommet sur les abus sexuels à Rome qui s’est déroulé du 21 au 24 février dernier. L’institution va devoir nous guider. Que signifie par exemple la tolérance zéro ? Est-ce que l’on fait retourner à l’état laïc les auteurs de ces crimes, qui ont été condamnés par la justice civile ? Comment les empêcher de nuire ? En même temps, il nous faut penser à la prévention, à l’accompagnement des victimes. Si L’Eglise n’est pas claire, son attitude lui sera reprochée, par une société elle-même souvent laxiste et qui aurait aussi intérêt à considérer ce problème dans ses institutions et dans les familles.

- Que voulez-vous dire quand vous écrivez que Dieu permet ces drames pour purifier son Eglise ?

Cette douloureuse prise de conscience apporte un peu plus de lumière. Et il faut, comme le Pape François l’a fait, remercier les medias qui se sont attaqués à ces tabous. Nous devons prendre en compte ces actes radicalement opposés à l’Evangile. Le Christ appelle à ne pas scandaliser le petit, à protéger le faible. Les prêtres qui commettent ces abus sinistres, exploitent la Parole de Dieu de façon inacceptable, faisant le jeu du Malin. Saint Jean-Baptiste rappelait que nous avons à être sans cesse en état de conversion. Rien dans nos vies ni dans celle de l’Eglise n’est acquis une fois pour toutes.
Aujourd’hui, le seul chemin possible pour l’Eglise est de rentrer dans une démarche de reconnaissance de ses fautes devant l’opinion publique. Elle s’est trop mise en avant depuis plusieurs décennies, au lieu d’annoncer son Seigneur. Elle porte un trésor dans des vases d’argile et doit rester dans l’humilité pour le transmettre et le protéger.

- Comment réagissez-vous à la condamnation du cardinal Barbarin ?

Le Cardinal Barbarin est le troisième évêque condamné par la justice française. L’annonce du tribunal correctionnel de Lyon est cependant d’une violence inouïe car personne ne s’y attendait. Le Procureur de la République avait demandé une relaxe, on pensait que le tribunal allait suivre. Le cardinal Barbarin n’est pas n’importe qui pour l’Eglise de France, c’est le primat des Gaules. D’autres évêques s’interrogent. Ont-ils été toujours irréprochables dans la gestion des dossiers de leurs prédécesseurs ? Quant à la réaction du cardinal Barbarin, qui présente sa démission au pape, elle est d’une grande droiture, et cela ne m’étonne pas de lui. Le Saint Père décidera s’il accepte ou non cette démission. Peut-être attendra-t-il aussi la fin de la procédure car les avocats du Cardinal Barbarin ont fait appel et le verdict définitif n’est pas rendu.


Lire également le communiqué de presse du Conseil Permanent de mardi 12 mars 2019 : « Grandir dans la vérité, grandir dans l’espérance »

1 réaction


17 mars 17:10, par M. LIEGEOIS

Je remercie le diocèse d’avoir courageusement pris la parole au sujet de la grave crise que traverse l’Église.
J’ai vu moi-même le film de François Ozon et je tiens à apporter quelques nuances à la critique qui en a été faite. Oui le cardinal Barbarin paie cher pour ses prédécesseurs, mais non il n’est pas innocent du crime qu’on lui a reproché, à savoir le silence qu’il a préféré à toute action en justice, cela en s’abritant derrière les décisions de Rome. Il n’était pas obligé que je sache d’adopter la même attitude que les évêques l’ayant précédé, sauf à penser que Rome est au-dessus de la justice des hommes.
Quant au "torrent de boue" déversé par les médias, je suppose que c’est une allusion aux réseaux sociaux, lesquels sont capables du pire comme on peut le constater concernant d’autres sujets actuels de société. Les quotidiens nationaux ont traité la question bien différemment, relatant aussi les interviews de plusieurs évêques, dont l’archevêque de Rouen qui parle, lui, de "pourriture au sein de l’Église". La boue se trouve donc de chaque côté du spectacle, côté cour et côté jardin.
Je garde cependant espoir que l’Église ne perde pas la crédibilité morale qui était la sienne jusqu’à il y a peu, et que le pape François assume avec tant de courage à la face du monde, et qu’elle finira par renaître après s’être radicalement transformée. 

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