Diocèse d’Aire-et-Dax
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      Aimer l’Eglise

Aimer l’Eglise

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  • 9 avril 2019
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Une réflexion de l’Abbé Cyril Gordien au sujet de la crise que traverse actuellement l’Eglise. L’abbé Cyril Gordien, vicaire de la Paroisse ND de l’Assomption à Paris et ancien aumônier national des guides et scouts d’Europe, est originaire de Mont-de-Marsan où il a vécu son enfance. Son père a été pendant plusieurs années (1986-1992) président des AFC de Mont-de-Marsan et de la Fédération des AFC des Landes.


Comment garder confiance en l’Eglise, notre Mère, au milieu de tous ces scandales ? Comment l’aimer malgré tout, comme le Christ l’a aimée et s’est livré pour elle (Ep5) ? Nombreux sont les catholiques accablés par ces révélations successives qui perdent confiance en l’Eglise. Il est en effet légitime de s’interroger : l’Eglise peut-elle être crédible, désormais, quand elle s’exprime sur l’amour humain et la sexualité ? Quelle pertinence conserve sa parole alors que des prêtres ont agi gravement contre la vérité de l’Évangile dont leur vie devait pourtant être le reflet ? Comment un jeune homme peut-il encore oser répondre à l’appel de Dieu pour devenir prêtre ?
Lorsque le mal vient de l’extérieur de l’Eglise, à travers le mépris, les attaques et les persécutions, l’Esprit Saint donne la force de lutter pour demeurer fidèle au Christ malgré l’âpreté du combat. Mais lorsque le plus grand mal vient de l’intérieur de l’Eglise, lorsque les souffrances de l’Eglise viennent du péché qui existe à l’intérieur d’elle-même, lorsque la barque de l’Eglise prend l’eau de toute part et semble prête à couler, comme il est difficile de résister en gardant l’espérance !

Les péchés abominables de certains prêtres jettent l’opprobre sur le sacerdoce. Comme prêtre, je ressens de la colère envers ces frères qui ont blessé dans leur âme et dans leur corps ceux qu’ils auraient dû servir et aimer, et qui ont ainsi sali d’une manière abjecte la dignité sacerdotale. Je prie de tout cœur pour toutes les victimes qui souffrent, marquées par tant de blessures, outragées par ceux en qui elles avaient mis leur confiance.
Lorsque je suis en contact avec de jeunes enfants, au patronage par exemple, ou à travers le scoutisme, je ne peux m’empêcher de songer : « que doivent penser les parents ? Comment me regardent-ils ? Sont-ils méfiants envers moi ? ». Lorsque je marche dans la rue ou que j’emprunte les transports en commun, je perçois des regards accusateurs et méprisants, et je devine les injures qui affleurent sur les lèvres quand elles ne sont pas formulées à haute voix : « sale pédophile ! Violeur ! Hypocrite ! ».

Comment garder la joie d’être prêtre de Jésus-Christ ? Dois-je pour autant renoncer à porter l’habit sacerdotal, et me cacher, par peur et par honte ? Saint Pierre s’est caché, dans la nuit. Devant une servante, il eut peur d’être associé au Christ et le renia trois fois. Je ne veux pas me cacher, même s’il est douloureux de porter publiquement les signes de ma consécration. Dans ma prière, je demande au Seigneur de me donner toujours la force d’assumer ce sacerdoce qui m’unit au Christ pour l’éternité, au Christ qui fut lui-même raillé, injurié et compté pour rien. Je comprends un peu mieux ce que signifie « porter le péché des hommes », assumer dans son être le mal commis par d’autres.

Cela fait grandir dans l’humilité, car je suis aussi un pauvre pécheur, et je dois sans cesse puiser à la miséricorde de Dieu. Cela suppose du courage, pour continuer de mener le bon combat, comme dit saint Paul, qui est le combat de la foi. Cela ravive le désir de la sainteté, pour se convertir toujours davantage et vivre dans la lumière de l’Evangile.

Je me souviens de tous ces prêtres que j’ai rencontrés dans mon enfance et ma jeunesse, et Dieu sait s’ils furent nombreux : aumôniers d’école, aumôniers scouts, prêtres de paroisse, moines et religieux. Ils furent tous différents, par leur style et leurs charismes. Ils m’ont tous aidé à grandir dans ma foi, et m’ont transmis les enseignements de l’Eglise. Ils m’ont permis de recevoir les sacrements, et de devenir aujourd’hui le prêtre que je suis. Je rends grâce à Dieu de les avoir mis sur ma route, et je puis témoigner du fait que jamais l’un d’entre eux ne fut coupable de paroles ou de gestes déplacés. Tous, sans exception, furent pour moi d’authentiques témoins de l’Evangile et m’ont révélé une facette de la beauté du sacerdoce, malgré leurs limites humaines. Je pourrais facilement égrener leur nom, en fonction des lieux et des étapes de ma vie. Je leur rends hommage pour le don de leur vie, pour la fidélité de leur sacerdoce, et pour le désir qu’ils ont fait naitre en mon cœur de suivre leurs pas. Si je suis prêtre aujourd’hui, et joyeux de l’être, c’est grâce à eux.

Souvenons-nous que parmi les douze apôtres, il y eut Judas, choisi pourtant par notre Seigneur, non pour trahir, mais pour demeurer fidèle à l’appel reçu. Aujourd’hui, l’abomination de ces scandales ne doit pas masquer la fidélité de la très grande majorité des prêtres qui, malgré leurs pauvretés humaines, assument du mieux qu’ils peuvent, avec la grâce de Dieu, la charge sacerdotale.
Si l’Eglise n’était qu’une institution humaine dotée d’une hiérarchie, elle aurait été détruite par ces scandales à répétition. Si l’Eglise n’était constituée que d’hommes pécheurs, elle aurait dû être submergée par cette gigantesque lame de fond que forment les abus dont certains de ses clercs sont coupables. Si l’Eglise était une association humanitaire, elle serait anéantie par le mal qui la ronge de l’intérieur, mal qu’il faut dénoncer, nommer et combattre, le mal lié à la pédophilie, à l’homosexualité, aux abus sexuels.

Nous professons pourtant chaque dimanche : « je crois en l’Eglise sainte », car l’Eglise dépasse infiniment les personnes baptisées, les structures, et les époques qui la déterminent. Elle est d’abord une réalité spirituelle, le Corps du Christ, et c’est pour cela qu’elle porte les paroles de la vie éternelle. Sa sainteté vient du Christ. Elle est sainte par sa tête, malgré les péchés de ses membres qui la salissent. Ces scandales qui apparaissent au grand jour de façon terrifiante sont un vibrant appel à la conversion pour chaque baptisé, à commencer par les prêtres : « revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes, et le deuil », dit le Seigneur (cf. Jl2). Entrons avec courage sur ce chemin de pénitence, de prière et de purification. C’est à ce prix-là que la confiance en l’Eglise s’affermira, car le monde attend le passage des saints, et la sainteté est l’exigence d’une vie chrétienne authentique.

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