Diocèse d’Aire-et-Dax
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le Païen Généreux

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  • 3 décembre 2009
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le Païen Généreux
le Chrétien Oublieux
sa Femme
et la Guirlande

Fable pour l’An 2000 à l’usage des chrétiens

Un païen généreux et un chrétien oublieux marchaient vers l’An 2000. Ils se connaissaient de vue, à peine. Le païen généreux avait tout préparé : réserve de champagne avant la hausse, maison repeinte pour accueillir le flot des amis, cadeaux somptueux. Il avait peur cependant qu’à minuit tout ne s’arrête sous l’effet pernicieux du « bogue » des zéros : chauffage, téléphone, sans compter trains, avions et banques.

Le chrétien oublieux avait tout préparé avec sa paroisse : un Avent exceptionnel, un Noël resplendissant, un premier de l’An de prière. Chorale, grandes orgues et choeur des bénévoles allaient bientôt commencer les répétitions. On allait vers les plus belles cérémonies jamais vécues depuis longtemps.

C’est en achetant des lampions à la grande surface du quartier que le païen généreux et le chrétien oublieux se rencontrèrent. Plongeant d’un même élan leur main dans le bac à guirlande, ils partirent d’un même éclat de rire lorsque ce fut la même guirlande qui les relia l’un à l’autre :

- « Tout ça pour une date, et en plus pleine de zéros ! », dit le païen généreux.

- « Un siècle nouveau, ça se fête ! », dit le chrétien oublieux, heureux de montrer à un inconnu qu’il savait comprendre et partager un désir aussi humain, celui de faire la fête.

Pourtant, de retour chez lui, le chrétien oublieux se demanda s’il n’était pas aussi païen que l’autre et s’il n’avait pas oublié l’essentiel. D’habitude peu sensible, il eut cette nuit-là un cauchemar spectaculaire qui étonna même sa femme : un coq rutilant et tonitruant braillait à ses oreilles. Ayant du mal à se rendormir, il comprit vite qu’il n’avait même pas su dire au païen généreux ce qu’ils allaient fêter, l’un et l’autre : non pas un siècle nouveau, ni même un millénaire, mais l’anniversaire de Jésus de Nazareth. Il eut envie de pleurer, comme Pierre. Positive et pleine de tendresse, sa femme lui fit constater qu’il avait encore le temps de se reprendre.

Dans la semaine, sur son idée, le curé réunit le Conseil Pastoral Paroissial. Ce fut un feu d’artifice d’idées, de propositions, de questions.

En voici le très sérieux résumé :

Sur la date.

Il est sûr qu’elle est doublement inexacte. Le troisième millénaire ne commencera que le premier Janvier 2001 puisque le XXème siècle ne s’achèvera que le 31 décembre 2000. Sinon il n’aurait eu que 99 ans. Ah ! ces zéros ! Quant à Jésus, fils de Marie, il est né quatre ou cinq ans plus tôt que ne l’a calculé notre calendrier.

Les 2000 ans sont donc déjà passés ! Ce qui est sans importance. C’est le symbole qui compte. Un chiffre rond, ça parle. Et l’envie de faire la fête, ça urge.

Le fait et ce qu’il permet.

Tous les terriens - différemment pour les musulmans et nombre d’asiatiques - vont remarquer cette date. Elle va être puissamment mise en valeur et récupérée par le commerce et par les médias à leur profit. Qui va dire ce qu’elle signifie ?

Les 2000 ans de quoi ? De qui ? Si les chrétiens ne le disent pas, nos sociétés laïques vont le taire. Ce serait, de notre part, être absent du « plus grand coup de pub gratuite » de ces derniers siècles.

Une occasion inouïe de témoigner du Christ-Jésus, avec nos moyens, au ras du sol et avec imagination. Etant bien entendu que l’An 2000 dure une année, et pas seulement une nuit !

Un enjeu central pour nous.

Il est grand temps de nous préparer à témoigner plus joyeusement et plus explicitement de Celui qui est venu sur notre planète il y a 2000 ans. Dans les Landes, nous nous sommes épuisés sur nos structures paroissiales depuis notre Synode. Il fallait bien le faire. Maintenant, ça y est. Tous ceux et toutes celles parmi nous qui ont voulu les faire fonctionner positivement y sont arrivés.

Reste à les remettre à fond dans l’axe majeur : tout pour la mission. C’est la vocation de tout baptisé et de tous nos Conseils. Ceci peut être réalisé de la façon la plus simple et la plus concrète qui soit : « Avec qui, quand et comment partageons-nous notre connaissance et notre amour du Christ-Jésus ? ».

Voici trois chemins qui peuvent converger.

1. Témoigner de l’actualité du Christ.

Dans nos sociétés qui se voudraient à distance de toute foi, Jésus risque d’être renvoyé au passé. C’est le piège depuis 2000 ans.

À nous de chercher dans la foi, la prière, la réflexion et le partage, ce que le Christ nous fait vivre aujourd’hui-même dans nos situations de précarité, de racisme, d’injustice, de guerre, de familles défaites, de violence, d’intégrismes, d’argent-roi, de corruption, de néo-nazisme, etc.

... Mais aussi dans nos situations de progrès de la démocratie et de la justice, de citoyenneté désirée, de solidarité sociale et de proximité, de recherche du sens, de grands moments de communion humaine chaleureuse et non violente.

Nous voici au coeur de la question la plus lourde de ce temps : « Dans les changements de la société mondiale, que devient l’être humain ? ». Disons en quoi Jésus est à nos côtés, ce qu’il nous pousse à faire pour l’homme aujourd’hui. C’est là que nous attendent nos frères « les païens généreux » !

Encore nous faudrait-il accueillir dans l’action de grâce tout ce qu’ils nous montrent eux-mêmes du Christ et de sa Bonne Nouvelle par leurs combats pour l’homme. Encore nous faudrait-il accepter aussi de travailler, fût-ce douloureusement, sur notre langage de la foi.

2. Relancer l’espérance.

La question qui viendra sur les lèvres sera de désespoir :
« Pourquoi notre terre d’hommes est-elle en si mauvais état après 2000 ans de christianisme ? ».

C’est le moment de redécouvrir que chaque être humain, chaque génération, a à se situer par rapport à soi-même, aux autres et à l’Évangile. L’homme dira et redira : « Si tu es Dieu, descends de la croix ! » et la libération apportée par Jésus n’était pas davantage celle qu’attendait son peuple.

À nous de témoigner que le Christ nourrit nos engagements culturels, économiques, politiques, sociaux pour plus d’égalité, plus d’amour, plus de respect des petits, pour supprimer l’exploitation des enfants, pour combattre les actes d’exclusions et la primauté de l’argent, pour rejeter à la fois le culte ou l’effacement de la différence, pour dénoncer la tolérance de façade, etc...

« Face aux défis gigantesques de ce monde, le chrétien se présente, avec le même aplomb, comme le petit David : sa besace ne contient que des pages de l’Évangile, ces petits cailloux polis par le torrent de l’Esprit. À vues humaines, rien de plus dérisoire. Avec les yeux de la foi, rien de plus puissant. » (Cardinal Roger Etchegaray à l’UNESCO, le 28 Mai 1997).

3. Oui, faire la fête !

Mais pas seulement entre nous, chrétiens ! Soyons actifs dans nos communes dès lors que les projets ont du sens et ne sont pas des récupérations commerciales.

Et ceux qui n’ont pas les moyens de faire la fête ? Qui va aller avec eux ? Les chrétiens ? Voilà une idée cohérente avec l’Évangile et qui - si elle n’est pas artificielle - dira plus que des mots. Quelle part de notre budget ira vers les plus démunis ? Et quelle part de notre coeur ?

Des signes forts

En cette année de Jubilé un acte énorme serait la remise des dettes : celles des Tiers-Mondes et les nôtres. Pas sans discernement, pas avec naïveté, pas en portant atteinte à la dignité du débiteur. Chacun est juge mais le Christ l’interroge, lui qui a remis toutes nos dettes. Il en va de même avec les réconciliations que nous pourrions opérer.

Partout va surgir le symbole de la porte dans de nombreuses villes jusqu’à la Porte Sainte à Rome. Saurons-nous faire apparaître la force de ce passage vers demain, vers une terre d’avenir, vers l’espérance retrouvée ? Il y a déjà tant de portes en nous que nous n’avons peut-être jamais ouvertes à la vie, à la solidarité, à l’amour.

Un autre signe, c’est celui que nous font notre montre et notre agenda. C’est le temps qui frappe à chaque impulsion de notre coeur. Aujourd’hui tout va vite et voudrait aller plus vite, les arbres, les moissons, les réformes, les guerres, les réussites et les échecs. Et nous faisons sauter les repères du temps comme ce carnaval nouveau qui court maintenant tout au long du Carême !

Et voici qu’une date va tomber un soir à minuit. Saisissons-là ! Sans omettre pourtant ce qui, dans nos projets, sera durable et non d’un soir, ce qui sera également de la communauté et non d’un seul. Relions nos idées de paroisses en paroisses.

« Frères, soyez toujours prêts à justifier votre espérance
devant ceux qui vous en demandent compte. »
(1ère lettre de St Pierre, 3-15).

Au retour d’une telle réunion le chrétien se promit d’être moins oublieux de son Baptême. Il était quand même assez étonné d’avoir trouvé, grâce aux autres, tant de projets au bout d’une guirlande.

Bien qu’il ait beaucoup parlé, il s’endormit le premier. Près de lui, sa femme reprenait tout ceci en silence, avec l’intuition que cette petite histoire de calendrier appelait bel et bien leur communauté chrétienne à se convertir. Le sommeil l’envahit alors qu’elle pensait à Marie-Madeleine bien décidée à ne pas attendre la fin de la nuit pour courir au tombeau.

La sonnerie du réveil la surprit dans un grand sourire.

Elle venait de voir en songe un coq à l’oeil malicieux qui s’apprêtait déjà à faire lever l’aube d’un nouveau millénaire plein d’espérance malgré les malheurs du temps.

J J J

Pour mieux savourer ces images, on peut relire dans les Évangiles :
- « elle reprenait tout ceci en silence » : Luc 2, 19 ...
- Marie-Madeleine, la nuit et le tombeau : Matthieu 28, Marc 16, Luc 24 ou Jean 20 ...
- le chant du coq : Matthieu 26, 34 puis Marc 14, 66-72 et Jean 21, 15-17...

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