Diocèse d’Aire-et-Dax
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l’événement GAILLOT

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  • 3 décembre 2009
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Des baptisés landais
face à l’événement GAILLOT

Notre groupe, né du Synode et de la décision de notre évêque Mgr Sarrabère, a tenu sa première réunion sur une actualité difficile. Nous ne choisissons pas l’actualité, c’est elle qui s’impose. Nous n’avons pas la vérité sur elle. Nous croyons cependant que le Seigneur nous y attend.

Voici quelques réflexions que nous proposons à tous ceux et à toutes celles, baptisés, communautés, paroisses, mouvements, services, qui désireraient prendre appui sur l’événement pour progresser dans la foi au Christ Jésus, en Église, et pour le service du monde.

La révocation de Mgr GAILLOT a été vécue, dans les Landes comme ailleurs, avec émotion, tristesse, peine, interrogation et désarroi. Y compris chez des baptisés qui n’approuvent ni son goût de la médiatisation constante ni ce qui leur apparaît parfois comme une faiblesse dans le témoignage explicite à rendre au Christ Jésus. D’autres ont compris la sanction, quoique sans plaisir. Quelques uns se sont réjouis, mais ils sont très rares à l’avoir dit publiquement.

Plus de 150 personnes se sont rassemblées dès le premier dimanche devant l’évêché de Dax pour exprimer leur désaccord avec cette révocation. 45 prêtres ont publié dans le « Sud Ouest » un communiqué dans le même sens. Ces deux faits ont, eux aussi, été interprétés différemment, avec bonheur pour les uns, avec douleur pour les autres. Quelques paroisses ont suscité des réunions pour ouvrir le débat et ont remarqué le très grand nombre de participants. "L’événement GAILLOT" dépasse la personne de Mgr GAILLOT.

Par delà les réactions de chacun il reste des interrogations pour notre Église. Quatre attitudes pourraient, nous semble-t-il, aider les baptisés que nous sommes à ne pas en rester aux émotions ni aux impressions.

1 - Dialoguer

Certains parlent facilement de cet événement, d’autres se taisent. La part de l’affectif est grande, et pourquoi pas ? Mais sur quoi porte-t-il ? Tout échange profond est porteur de vie. À nous de prouver que l’Église est lieu de dialogue. Nombreux sont ceux qui se disent touchés dans leur histoire et dans leur vision d’Église : qui les écoute ? Écoutent-ils les autres ?

Les plus marqués semblent être parmi les actifs en Église et les non pratiquants. Pourquoi ?

2 - Regarder en face les tensions et les divisions qui traversent notre Église.

Si ces divisions sont apparues tout d’un coup, c’est qu’elles n’étaient pas nouvelles. Dans les conversations ou dans la presse les oppositions se sont souvent exprimées par paires : communion et mission, fidélité et liberté, tradition et innovation, hiérarchie et démocratie, autocratie et peuple de Dieu, unité et diversité, vérité et sincérité, doctrine et engagement ... Nous affirmons habituellement que ces jumeaux avancent main dans la main, mais plusieurs font remarquer que dans chaque paire c’est toujours le second terme qui doit s’incliner devant le premier à la moindre difficulté. L’Apôtre Saint Paul lui-même avait dû s’opposer à Saint Pierre pour éviter cela lorsqu’il s’est agi de dépasser les frontières Juives. Les tensions étaient déjà très fortes entre la norme et la marge.

D’autres pensent que la divergence de fond porte sur des conceptions trop différentes de l’évangélisation, les uns insistant sur l’enseignement doctrinal et les autres sur la proximité du témoignage. Ce qui devait ainsi constituer des repères pour tous semble à certains fonctionner comme autant de pièges. Du coup, si chacun se faisait sa foi, désormais chacun va faire son Église. Après avoir choisi tels ou tels éléments de la foi chrétienne nous risquons de faire des montages d’Église au gré des envies : communion pour l’un, mission pour l’autre, fidélité pour celui-ci, engagement pour celui-là. Identifier ces tensions et ces divisions, s’informer, se former, débattre de tout cela peut faciliter quelque dépassement positif. Nous pourrons alors accepter quelques questions rugueuses auxquelles il faudra de toute façon répondre. Par exemple :

- Personne n’est propriétaire de l’Église, aucun groupe de pression, aucune force cachée. L’Église n’est pas davantage propriétaire de la Parole de Dieu. Nous avons seulement à la servir. Quels lieux nous donnons-nous dans les Landes pour en débattre librement ?

- Le moment n’est-il pas opportun de retrouver, avant tout, le seul pôle majeur de notre foi, c’est-à-dire le Christ Jésus lui-même ? Et puisque l’Église est son Corps, (cf. Éphésiens 5, 29-30), pouvons-nous sincèrement séparer le Christ de son Église, même si celle ci est décomposée par nos péchés ? N’avons-nous pas à nous redire le Mystère de l’Église, sans complaisance pour la structure qui doit l’incarner

- Dans le même sens, les Évêques de France auront à nous faire mieux saisir ce qu’ils entendent par "Collégialité des Évêques", car celle-ci a été perçue parfois comme un désir d’uniformisation. Le droit à la différence n’existe-t-il pas en Église également ? Et les courants d’opinions aussi ?

- Qu’est ce que chacun de nous a fait de Vatican II : ceux qui ont connu sa nouveauté profonde 1’ont-ils effectivement accueillie et vécue ?

3 - Ne pas enterrer les questions posées par l’événement.

Des chrétiens engagés pour promouvoir plus de solidarité se sont sentis désavoués dans leur façon d’agir dans le monde. Et en même temps un heureux paradoxe a couru au fil des réactions : les critiques faites à notre Église l’étaient le plus souvent parce qu’on la voulait plus proche des petits et des exclus, plus attentive, plus juste, en quelque sorte plus évangélique. "Église, si tu veux qu’on te croie, commence par faire ce que tu dis".

Ce qui fait bouger les consciences, même loin de l’Église, ce sont des actes, mais des actes portés, animés, irrigués par la Parole de Dieu. Quels sont nos actes de baptisés qui sont effectivement signes de l’Amour du Christ pour nos contemporains ? Nous avons fait un Synode : quels actes en tirons-nous pour la vie des hommes et des femmes de ce département ? Il y en a. Quels autres seraient à poser ?

La relation évangélique aux exclus de toutes sortes est perçue comme un reflet de Dieu et comme une mission privilégiée de l’Église. Mgr GAILLOT n’est pas le seul à agir dans ce sens. Rejoignons-nous les Associations, confessionnelles ou pas, qui sont sur ce terrain ? Nous parlons joliment de l’acceptation des différences, mais acceptons-nous vraiment le marginal et les marginaux lorsqu’ils nous dérangent réellement ? Agissons-nous vraiment aux frontières, c’est-à-dire non seulement en solidarité avec les plus démunis mais en dialogue avec ceux qui ne partagent pas notre foi ?

Avec ou sans Mgr GAILLOT, une place de chrétien sera à tenir dans les médias. Au lieu de critiquer ces dernières, peut-être aurions-nous à nous former pour y être présents et en accepter les risques. De toute façon c’est bien dans un pays de modernité que nous vivons et que vit notre Église. Dans ce pays de liberté, gardons notre liberté de parole. Dans cette ambiance de méfiance vis à vis de toute institution, avivons tant notre conscience personnelle que notre conscience communautaire.

4 - Laisser l’Esprit-Saint nous former dans l’événement.

Nous pensions peut-être l’Église esseulée et voilà que tant d’hommes et de femmes lui ont montré leur attachement, même dans la diversité des réactions. C’est au nom d’une authenticité du message que tant de critiques se sont élevées. Toutes les manifestations, même contestées par d’autres, étaient des manifestations d’idées, gratuites, sans intérêt matériel pour soi-même. Dans une société française marquée par le fatalisme et souvent par la peur, une conscience critique est possible et un surgissement aussi. Le message du Christ peut y être perçu.

À nous tous de donner vie aux exigences que tant d’hommes et de femmes nous ont lancées, même si elles avaient parfois l’apparence d’une gifle plus que d’un appel.

la CERCA
le 12 février 1995

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