Diocèse d’Aire-et-Dax
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i d € n t i t é

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  • 3 décembre 2009
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Ça y est : nous passons à l’Euro, la monnaie « européenne ». Le bon vieux « Franc » aura vécu 641 ans (depuis son lancement, en décembre 1360, par Jean II le Bon). Les sondages indiquent que nous accueillons l’Euro avec calme, sans traumatisme, sans en attendre non plus un miracle économique.

On y passe donc. Avec enthousiasme (tout le monde s’est précipité sur les kits « euro » en décembre dernier) ou parfois avec méfiance, avec impatience ou avec résignation… Passés quelques tâtonnements, on s’y fera, si ce n’est déjà fait. Et puis ?

L’Europe en poche…

Et puis nous avons désormais dans nos poches, sous nos yeux, au jour le jour … une monnaie qui porte sur une face le symbole de l’Europe. Que l’on soit « pro- » ou « anti- » européen, cela n’y change rien. « L’Europe » devient une réalité tangible au quotidien. Cela fait longtemps que l’Europe se dessine dans notre paysage landais, et transforme notre quotidien : par les décisions et les aides des instances européennes, par le commerce, par les déplacements des personnes pour le loisir, le travail ou les études. À titre d’exemple : par le Contrat de Plan, l’Europe investira dans les Landes 75.000.000 € pour les 6 prochaines années.

Mais maintenant il s’agit de quelque chose de plus « intime » : l’argent, avec lequel – reconnaissons-le – nous entretenons des rapports qui ne sont pas que rationnels… Sur cet argent, une des faces signifie l’Europe, l’autre est française, ou allemande, ou italienne, ou espagnole… Ce qui rend visible, tangible, l’interaction (au moins financière, commerciale) de nos populations d’Europe. Or, nous ne pourrons pas en rester là…

L’Europe en chantiers…

L’unification de la monnaie n’est qu’une étape. C’est un outil pour forger une Europe de l’économie et de la finance. Mais la construction européenne ne peut s’y réduire : à moins de vouloir laisser l’économie diriger nos destinées, il faudra assumer des décisions communes (c’est le rôle du politique) ; et pour prendre ces décisions, il faudra bien se demander (et indiquer à nos élus) ce que l’on veut construire comme avenir commun, et sur quelles valeurs on veut le bâtir (c’est la dignité humaine, qui englobe l’éthique, la culture, le spirituel…).

La question se pose alors : pourquoi faire l’Europe ? L’argument le plus souvent invoqué est le suivant : regrouper nos forces pour faire le poids face aux grandes puissances mondiales (existantes ou émergentes). C’est un argument fort, et réaliste, mais peut-on se contenter d’exister « contre » d’autres, en concurrence ou en opposition ? Peut-on construire quelque chose de durable et de positif sur de simples réflexes de défense ?
La réponse est en partie « oui », car bien des groupes humains (et nos propres nations) se sont constitués, et ont forgé leur identité commune, dans le combat commun contre d’autres groupes. C’est efficace et naturel : on se serre spontanément les coudes quand on se sent menacés par un danger commun.

Mais on voit bien que cela ne peut construire qu’une mentalité d’assiégés, comme le déplorent déjà certains analystes. Or, le brassage des populations est déjà important, et l’interdépendance économique déjà très forte et inévitable. Si l’Europe veut jouer un rôle positif au niveau de la mondialisation, elle ne peut se refermer sur elle-même.

Les Landes sont, de fait, très ouvertes à l’Europe et au monde...

… sur le plan économique : par de nombreuses entreprises (et par le tourisme) qui travaillent à l’échelle européenne et mondiale.

… sur le plan humain : par de nombreuses familles installées ici, ou par alliances ou mariages. Ces personnes sont de fait souvent intégrées à la vie locale et participent aux décisions politiques : les ressortissants européens dans les Landes – comme ailleurs – sont citoyens à part entière, ils peuvent voter et être élus. Pour la première fois, aux dernières élections, sept ressortissants européens ont été élus conseillers municipaux.

Bien sûr, ce brassage de fait ne doit pas cacher les difficultés d’intégration que rencontrent encore bien des familles ou des groupes dans les Landes.

… sur le plan culturel : par l’école ou les médias, nous sommes déjà « européens », et nos enfants le seront encore plus. Même si c’est encore très flou, nous sentons bien que nos repères éthiques eux-mêmes bougent : certains pays du nord de notre Europe ont des politiques plus libérales que nous sur des sujets comme le Pacs ou l’euthanasie ; entre pays européens, les choix sociaux sont différents ; de même que les rapports entre Églises et États … tout cela devra évoluer, mais déjà nos mentalités sont bousculées, nos repères habituels sont remis en cause.

Pouvons-nous (et voulons-nous) comprendre et analyser nos réticences ? Nos inquiétudes ? …

L’Europe pour qui ? pour quoi ?

Certains ont voulu l’Europe pour que les nations européennes ne puissent plus se battre entre elles comme par le passé. C’est en effet un réel progrès. Mais une chose est de vivre sans se battre, autre chose est de « vivre ensemble ». Or, on ne peut vaincre la violence source de conflits que si l’on partage un minimum de valeurs communes, de compréhension mutuelle, de connaissance réciproque. Et si l’on partage aussi les ressources économiques.

Mais cet état de fait est à son tour source de peurs ou de frustrations. Par exemple : les normes européennes de protection de la nature et des animaux touchent directement (et remettent en cause) des éléments de notre mode de vie landais (corrida, course landaise, chasse, gavage des oies ou canards …). Nous ne sommes pas les seuls dans ce cas. Ce qui apparaît fondamentalement, c’est la crainte que les décisions qui nous concernent localement nous échappent, et échappent à nos élus.

Nous sommes sans doute arrivés à un moment de notre histoire commune où il est devenu important de se demander : que partageons-nous ? Quelles valeurs nous unissent ? quels projets communs pouvons-nous bâtir ? Mais aussi : qui porte ces questions ? Dans quel cadre et avec qui pouvons-nous en discuter ?

Ces questions ne sont pas nouvelles : déjà les écoles, les universités, les scientifiques, bien des associations culturelles ou humanitaires, travaillent sur des projets européens. On ne compte plus, dans les Landes, le nombre de classes investies dans des programmes d’échange européens (Comenius, Socrates …). Beaucoup de jeunes landais partent désormais passer quelque temps en pays étranger (souvent au pair) pour découvrir un pays, ou pour une immersion linguistique. Les jumelages de villes sont nombreux (avec le Portugal, l’Espagne, l’Allemagne, la Suède …) et, même s’ils ne fonctionnent plus toujours très bien, ils ont préparé les mentalités.

Toutes ces réalisations forgent ainsi, peu à peu, un « vivre ensemble », à l’échelle de l’Europe et du monde, dans un esprit de réciprocité.

Des enjeux multiples :

On en arrive à un paradoxe : c’est pour préserver notre identité (par rapport à la mondialisation, aux autres continents) que l’on construit l’Europe … et la construction de l’Europe nous fait craindre la perte de nos identités nationales ou locales.

Paradoxalement, l’Europe peut être une chance pour le maintien des cultures régionales. Notre culture gasconne voudra-t-elle, ou saura-t-elle saisir cette opportunité ?

L’intérêt de ces réflexions est qu’elles nous concernent de multiples façons. Nous construisons notre identité personnelle à travers des identités collectives : une famille, un milieu social, une région, un pays, un continent … L’identité européenne forgera – en partie – notre identité et celle des nouvelles générations, à la mesure de ce que nous en ferons.

Ce qui se passe maintenant pour l’Europe n’est qu’un des éléments de notre vivre ensemble qui est en train de se recomposer aujourd’hui. Il existe en effet différents niveaux de regroupement, et donc d’identité collective : commune, relais paroissial, communauté de communes, paroisse, diocèse, département, région, pays, nation, Europe … avons-nous besoin de tous ces niveaux ? pas forcément : certains niveaux vont disparaître. Qu’est-ce qui est le plus utile ?

Nous avons besoin de niveaux différents d’identité collective, non concurrents entre eux, assumant chacun un rôle spécifique, pour nous situer au mieux par rapport à l’internationalisation des modes de vie.

La logique des « regroupements » oblige à découvrir – ou à créer – de nouvelles formes d’identité. C’est-à-dire : des raisons d’exister ensemble, et de s’entraider. Ce qui est vrai pour l’Europe l’est aussi pour la communauté de communes, pour la paroisse « nouvelle » ou pour les fusions d’associations ou de clubs sportifs : l’économie seule est-elle un ciment suffisant ? une identité fondée sur l’opposition ou la défensive peut-elle convenir ? n’est-elle pas dangereuse ? …

Il est vrai que l’économie (en fait, surtout, la pénurie !) est un point de départ efficace pour bien des regroupements : il y a des choses qu’on ne peut réaliser seul ; on a davantage de moyens quand on se regroupe, et cela oblige à penser les choses en termes de développement et de concertation. Cela rend nécessaire le dialogue, ce qui est en soi une bonne chose.

Mais, pour chacun de nos regroupements, quelle qu’en soit l’échelle, on ne peut se passer d’une réflexion de fond qui nous entraîne au-delà de l’urgence, de la nécessité, des contraintes financières et de la peur de disparaître. Sinon le risque est grand de décréter « d’en haut » ou artificiellement des regroupements qui ne génèreront que frustrations et incompréhension … et finiront par exploser, ou devenir insignifiants et inutiles.

Recréer des identités, des lieux d’appartenance :

Pour l’Europe, l’école jouera sans doute un rôle clef, par l’enseignement de l’histoire, de la géographie, de la littérature, de la philosophie … et des religions : la connaissance de la culture européenne et des cultures locales en Europe nécessite une connaissance des religions qui ont habité ou traversé l’Europe (christianisme catholique et protestant, judaïsme, islam).

Une identité, surtout à l’échelle de l’Europe, ne se décrète pas : elle se construit sur une mémoire, sur une histoire (faite de conflits et de cohabitations). Il ne s’agit pas de s’enfermer dans le passé, ni de revenir à d’anciens modèles de civilisation, mais de chercher sur quelles bases nous devons forger des convictions communes, sans renier qui nous sommes.

Les lieux de culture aussi ont leur rôle à jouer. Par exemple, tel ou tel rassemblement de jeunes venus de divers pays européens a permis une redécouverte de musiques régionales européennes. Après un temps de curiosité amusée, ces jeunes ont saisi l’intérêt de ces inspirations locales face à l’omniprésence de la musique anglo-saxonne.

Identité chrétienne et Europe

L’évangile est appel à vivre ensemble, et non à s’unir contre l’autre. L’expérience des premières communautés chrétiennes est intéressante : elles ont tenté, à leur manière, d’enraciner l’universel. C’est le mystère même de l’incarnation : comment Dieu, universel par excellence, peut-il choisir une identité humaine particulière, enracinée dans un peuple particulier, et proposer un message adressé à tous les hommes ? En acceptant, non pas de se situer au dessus de tous (ce qui revient à n’être nulle part), mais en assumant une histoire et un peuple, et en entrant en dialogue avec les autres peuples, les autres cultures. On peut relire en ce sens le chapitre 2 des Actes des Apôtres : le récit de la Pentecôte …

Les premiers chrétiens sont devenus chrétiens sans pour autant renier leurs appartenances culturelles. Cela leur a même valu des tensions : « En ces jours-là, le nombre des disciples augmentait, et les Hellénistes se mirent à récriminer contre les Hébreux … » (Actes 6, 1) Après discussions et arbitrages, cette différence (entre Hellénistes et Hébreux) ne fut pas abolie : elle fut l’occasion pour l’église naissante d’inventer un « ministère » (celui des « Sept »), pour gérer cette diversité dans la solidarité (pour que le partage et la communion puissent se faire au mieux entre ces deux groupes aux identités différentes).

Pour des chrétiens, construire de nouvelles solidarités plus larges (à l’échelle d’une nouvelle paroisse, d’une communauté de commune, d’une fusion de clubs, d’une région, ou d’un ensemble de pays …) est un défi « naturellement évangélique » : comme le Christ, enraciné dans sa famille humaine et dans son histoire, il est porteur d’un message de paix et de solidarité bien au delà de cette famille, en direction de tous les hommes.

L’identité des chrétiens s’est forgée, et s’est transformée de façon continuelle au fil des siècles, dans une tension (pas toujours bien gérée, d’ailleurs) entre ce qui les unit (la fidélité à l’évangile du Christ) et ce qui les distingue (leur culture locale). Notre culture européenne est marquée de certaines formes de christianisme, mais aussi d’autres traditions religieuses et philosophiques.

Sur le plan humain, spirituel et religieux, il existe ainsi des lieux de dialogue importants :

- le dialogue œcuménique, entre églises chrétiennes. Il existe dans les Landes des groupes actifs de partage entre chrétiens d’églises différentes. Les mariages entre chrétiens de ces diverses églises sont assez courants. Conflits et rapprochements font maintenant partie de notre histoire commune. Ils conditionnent aussi notre avenir.

- le dialogue inter religieux. Les religions orientales et africaines sont assez peu représentées dans les Landes, mais l’Islam y est implanté. Les événements récents ont rendu ce dialogue assez délicat, mais il faudra bien – un jour ou l’autre – établir des liens autres que de méfiance réciproque.

- le dialogue avec les incroyants, agnostiques ou athées. L’histoire de la pensée européenne porte les traces de pensées philosophiques qui ont renoncé à la foi religieuse, voire qui ont combattu la religion, parfois au nom de la libération de l’homme. Le dialogue science – foi est maintenant renoué, mais il reste bien des blessures à cicatriser et bien des préjugés à rectifier !

- le dialogue églises – états, ou, à notre échelle, le dialogue entre paroisses et communes (ou communautés de communes). La laïcité fait partie de l’identité française actuelle, mais elle ne saurait être l’effacement du religieux dans le paysage européen.

Ces lieux de dialogue reflètent l’histoire et l’évolution de notre population européenne jusque dans notre département. Ce sont des lieux majeurs de construction d’une identité « spirituelle » Européenne.

CERCA,
le 15 janvier 2002

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