Diocèse d’Aire-et-Dax
http://landes.catholique.fr/Testament-de-Maiti-Girtanner

Testament de Maïti Girtanner

  • Télécharger l'article au format PDF Imprimer cet article
  • 17 février 2015
  • réagir

décédée le 28 mars 2014, ancienne résistante et marraine de la troupe


In memoriam

« Très chers, mon cher Gérard, mes chers enfants, car vous êtes tous mes enfants,

Il ne m’est pas possible de penser à l’éventualité de ma mort sans vous laisser un message, comme si cela était l’un de nos nombreux échanges.

La séparation, c’est quelque chose de saisissant, je le sais, pour ceux qui restent.
Quelques-uns parmi vous m’ont dit que j’étais « intérieure à eux-mêmes ». Ce n’est pas une chose qui peut se détruire et à chacun -quel qu’il soit- je resterai toujours PRÉSENTE d’une manière que je ne peux expliquer, mais qui sera absolument réelle. L’amour -amitié, affection, tendresse- survit à tout : il est éternel. Je pars avec, en moi, tout l’amour immense que j’éprouvais pour chacun de vous ; et il va prendre une autre dimension, plus vraie, plus riche, plus attentive, plus efficace. L’amour est le seul capital que nous puissions emporter hors de la vie terrestre. Mon corps retournera en poussière, mais je partirai avec l’âme éveillée et vous tous présents en moi. Je suis convaincue que ma tendresse pour chacun de vous continuera à vivre et cette fois sans limite.

La très grande tendresse que mon cœur vous a donnée fut l’une des plus pures joies de ma vie. La vôtre y répondant en fut une autre. Je crois que nous devons d’abord remercier le Seigneur pour cela.

Je vous remercie pour tant de fidélité, pour tant de « chaleur », de délicatesses, pour tant de matérialisations de votre affection. Merci de tout ce que vous avez été pour moi ; merci parce que nous nous sommes si bien compris ; merci d’avoir permis cette intimité affective, merci pour tout ce que je vous dois.

J’ai toujours trouvé à employer le trop-plein de mon cœur, soit auprès des jeunes, soit auprès des moins jeunes, tous et chacun considérés comme une partie de moi-même valant tous nos sacrifices, quelquefois toutes les fatigues « superflues » que vous me reprochiez. Je me suis toujours sentie très proche des membres de la famille -même en nos relations un peu distendues- et toujours je me trouvais limitée par le manque de force physique. Si j’ai souffert de l’étroitesse de ces limites, c’est précisément parce que cette pauvreté me coupait les ailes pour aller de l’un à l’autre, pour entreprendre ce que mon cœur voyait et souhaitait. Vous et eux, vous avez été la joie de ma vie, sa raison d’être, parce que, depuis l’adolescence, j’avais compris que ma vocation c’était l’amour.

J’ai bien peiné pour y répondre parce que je devais me débarrasser de tant de scories, j’ai fait beaucoup d’erreurs, j’ai commis beaucoup de fautes, mais j’ai toujours cru à cet appel de l’amour, à sa valeur, à son prix, même dans les pires souffrances.

Je voudrais demander pardon à genoux pour tout ce qui en moi a pu vous heurter, vous blesser, vous peiner, pour le mal que j’ai pu vous faire involontairement. Le Seigneur sait et moi aussi toute la pauvreté de mon être. Je n’ai jamais rien pu par moi-même : toute ma vie, j’ai eu cette conscience aiguë que tout ce que je faisais de bien, c’était le Seigneur qui le faisait, et pas moi.

Au-delà de tout cela, de toutes les souffrances du corps ou du cœur, il y a eu la Joie. C’est le plus beau cadeau que j’ai reçu du Ciel, celui de saisir les joies petites et grandes, et d’en être épanouie jour après jour. Elle est devenue une seconde nature : la grâce perfectionne la nature, j’en suis la preuve.

En attendant le Revoir dans l’éternité, je vous demande de beaucoup prier pour moi : demandez, implorez la Miséricorde de Dieu. Et ne croyez pas que cela soit superflu : j’ai tant reçu ! Qui pourra dire que j’ai rempli la mesure que Dieu m’avait confiée ?

Remplir sa mesure, c’est répondre à l’attente du Seigneur, qui, par ailleurs, donne sans cesse leurs moyens d’y parvenir. Et j’ai beaucoup à me faire pardonner.

Si des prêtres et religieux que j’ai connus vivent encore lorsque je mourrai, dites-leur bien combien je leur suis reconnaissante de tout ce qu’ils m’ont donné. Chaque phrase, chaque mot, au fil des années, ont creusé une nouvelle capacité de Dieu. Ils m’ont conduite, peut-être sans la savoir...

Je crois dans le Revoir, avec une certitude inébranlable. Je reste présente d’une autre manière. Ma consigne est : aimez-vous les uns les autres avec générosité ; répandez l’amour autour de vous, cultivez l’espérance, la vraie joie. Ressourcez-vous aux pieds du Seigneur ; cherchez-le, avec obstination, avec persévérance.

Dites un mot gentil, mon cher Gérard, à tous ceux que, par vous, j’ai connus. Je vous embrasse avec toute la chaleur de mon affection et le sourire aux lèvres parce que, au-delà de tout, la vie est belle : je vais à la rencontre de tout ce qui a été ma raison de vivre, d’aimer, comme j’ai tenté de le faire. Notre prochain rendez-vous est dans la Lumière ! »

M. G.

Réagir à cet articleRéagir à cet article

Votre réaction

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.