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        Quel avenir pour la démocratie ?

Quel avenir pour la démocratie ?

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  • 1er février 2007
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Nous voici à nouveau en période électorale, temps fort de la vie citoyenne. C’est un rendez-vous qui devrait logiquement motiver les citoyens que nous sommes. Or, depuis bien des années, les réactions aux discours électoraux oscillent entre espérance et dérision, la dérision pouvant porter le risque de décourager le sens civique. C’est pourquoi, dans plusieurs de nos textes, nous avons relayé les invitations à « réhabiliter la politique ».


Quel avenir pour la démocratie ?

Nous voici à nouveau en période électorale, temps fort de la vie citoyenne. C’est un rendez-vous qui devrait logiquement motiver les citoyens que nous sommes. Or, depuis bien des années, les réactions aux discours électoraux oscillent entre espérance et dérision, la dérision pouvant porter le risque de décourager le sens civique. C’est pourquoi, dans plusieurs de nos textes, nous avons relayé les invitations à « réhabiliter la politique ».

Entre-temps, des manifestations de grande ampleur ont montré que jeunes et moins jeunes étaient toujours capables de se mobiliser à propos de choix politiques ou économiques. Certes, il s’agissait davantage de « dire non » que de proposer un projet alternatif, mais cela signifie au moins que l’indifférence politique ne s’est pas installée. D’ailleurs, un sondage récent (Ifop / Sud-Ouest Dimanche, 10-12-2006) indique que 94 % des 18-30 ans ont l’intention de voter aux prochaines présidentielles. Bien sûr, on verra si cela se confirme « à la sortie des urnes », mais c’est bon signe pour la démocratie. Pour autant, ces constats encourageants ne nous dispensent pas de réfléchir à plus long terme ...

La démocratie est toujours à construire

La démocratie n’est pas un modèle unique ni immuable : déjà, nous sommes passés d’une démocratie « de masse » à une démocratie « des individus ». Au début du XXème siècle, la vie politique française avait traversé une crise quand « les masses » (comme on disait alors) ont commencé à s’exprimer par le suffrage universel. Puis des règles du jeu se sont mises en place, dans le dialogue ou le rapport de force, entre partenaires politiques, sociaux et syndicaux. Ce modèle paraît aujourd’hui dépassé : les citoyens français se montrent encore capables de se mobiliser en masse sur des questions politiques (cf. les manifestations anti-CPE), mais - pour ainsi dire - à titre personnel, et non en vertu d’une appartenance sociale, politique ou syndicale. Le rapport politique se situe désormais entre « des élus » et« des individus ». Et les nouvelles règles du jeu ne sont pas encore très claires ...

La presse européenne (hors France) nous décrit comme une « île » : nos discours comme nos réactions politiques leur apparaissent très « franco-français ». Il est bien naturel que notre propre avenir nous préoccupe ; mais aujourd’hui pouvons-nous raisonnablement l’imaginer sans le reste du monde ? La mondialisation est un autre facteur de modification de nos comportements politiques : on peut la critiquer quand elle fait passer l’économie avant la dignité humaine, mais trop de peurs et de crispations à son sujet peuvent affaiblir - voire détruire - la démocratie, en rendant les citoyens peu imaginatifs et plus manipulables.
Enfin, bien des analystes considèrent que nous sommes arrivés, en France, à un épuisement du système démocratique fonctionnant comme un « chèque en blanc » : on vote, et ce vote donne carte blanche aux élus jusqu’aux prochaines élections ; du coup, les citoyens ne peuvent s’exprimer que lors de l’élection suivante, qui produit alors un « vote sanction ». Or, ces dernières années, à travers votes de censure, griefs et manifestations, les français ont exprimé leur mécontentement de ne pas être consultés - en dehors des périodes électorales - sur ce qui les touche de près. Et ceci augmente leur défiance par rapport à leurs représentants élus.

Voter ne suffit pas

Il est bien sûr impossible de consulter tout le monde sur tous les sujets. C’est ce qui fait la force et la pertinence de notre démocratie « représentative », qui devrait être plus stable et moins sujette aux émotions changeantes qu’une démocratie d’opinions : en donnant mandat à nos élus, nous leur donnons du temps et des moyens pour prendre du recul et réfléchir à plus long terme sur des sujets complexes. Et ils ont à en répondre devant nous.
Mais comment « réhabiliter la politique » si elle reste le quasi monopole de quelques uns, alors que s’exprime un désir de plus grande participation démocratique ? L’idée fait son chemin, puisque la notion de « démocratie participative » est apparue dans la campagne électorale. Certes, il faut qu’elle soit autre chose qu’un slogan de campagne ; certes, sa mise en œuvre est très délicate, surtout au niveau de l’État, si l’on ne veut pas en faire un outil de manipulation démagogique. Mais, pour l’avenir de la politique en France, il faut entendre le désir plus grand de « participation démocratique », et sans doute développer encore un peu ce que la Doctrine sociale de l’Église appelle la « subsidiarité » : ne pas prendre à haut niveau une décision qui peut être prise à un niveau inférieur, ceci afin de respecter la responsabilité des citoyens.

Mais c’est exigeant aussi bien pour les élus que pour les citoyens. La démocratie est l’affaire de tous, et nous - citoyens - avons notre part de responsabilité. Si l’on souhaite vraiment que les citoyens ne soient pas simplement « consultés » de temps en temps, mais qu’il y ait une vraie « concertation » entre électeurs et élus, il faudrait certes un changement de mentalité au niveau des « professionnels de la politique », mais il faudrait aussi que nous - citoyens - acceptions de nous former pour sortir des « votes coup-de-cœur » et des « votes sanction », et pour dépasser nos intérêts personnels ou catégoriels.
Et c’est surtout entre les élections que se fait, concrètement, la vie politique. La démocratie ne se réduit pas au vote. La vraie « participation démocratique » se joue dans nos engagements concrets dans le tissu associatif, culturel, économique et politique de nos lieux de vie ; et dans notre capacité à aider d’autres à y prendre leur place.

(S’) éduquer à la démocratie

L’actualité est souvent notre premier lieu de prise de conscience : un tsunami nous ouvre à la solidarité internationale, une flambée de violence dans des banlieues attire notre attention sur les problèmes de chômage et d’intégration, une réaction massive pour contrer une loi votée sans concertation nous dit un malaise face à certaines pratiques politiques et économiques, etc. Mais pour que ces prises de conscience ne soient de simples feux de paille, il faut qu’elles s’inscrivent dans une réflexion.
En période électorale, les débats médiatisés « à grand spectacle » ne sont pas forcément les plus enrichissants pour qui veut dépasser les querelles partisanes. Mais il existe bien des émissions et des articles de fond qui aident à se faire une idée des enjeux profonds des programmes politiques. C’est d’ailleurs l’occasion rêvée d’ouvrir son esprit en lisant des publications de tous bords politiques…
Mais la responsabilité citoyenne, qui est le fondement de la démocratie, nécessite une éducation de fond qui commence dès l’enfance, et s’inscrit dans des apprentissages de base : le respect de l’autre, la tolérance et le goût du dialogue, l’éveil à la prise de responsabilité, le sens de l’organisation, et tout ce qui est contribution à la vie sociale. Cela s’apprend à l’école comme en famille, mais aussi dans les sports collectifs, dans les associations en tout genre (qui fonctionnent selon des principes démocratiques), dans des mouvements ou services d’Église, ... jusque, éventuellement, dans des engagements politiques ou syndicaux.

Le « prophète » et le « roi »

L’engagement démocratique, ce n’est pas seulement « donner son avis » un jour d’élection, c’est aussi agir, et de façon responsable. Un homme politique français disait : « Le courage, c’est d’aller à l’idéal en comprenant le réel ». Dans la tradition biblique, deux personnages illustrent cela. Ils s’affrontent et se complètent sur la scène politique : le prophète et le roi.

Le prophète, c’est l’homme courageux et lucide. Parlant au nom de Dieu (ou, si l’on veut, au nom du bien commun, de la solidarité humaine, de la justice…), il éclaire le débat en rappelant toujours l’essentiel, les fondamentaux, le long terme. Il est lucide dans la mesure où il ne se laisse pas aveugler par ses intérêts personnels. Il est courageux en ce sens qu’il ose affronter le roi, quand il le faut.

Le roi, c’est l’homme politique concret, au sens le plus noble. C’est sur lui que repose l’organisation pratique de la société. C’est l’homme réaliste et engagé, qui prend ses responsabilités, et qui agit. Il ne peut pas toujours réaliser l’idéal ; il compose avec le possible.

Le prophète peut être taxé d’idéaliste, de doux rêveur d’une société parfaite ... et parfaitement impossible. Mais, sans lui, le roi finit par confondre le bien public avec ses intérêts personnels. Le roi peut être taxé de profiteur, d’exploiteur ; on peut lui reprocher son réalisme froid. Mais, sans lui, rien ne se fait ; on se contente de rêver l’idéal.

Il n’est pas inutile de rappeler ici que le chrétien, par son baptême, reçoit (entre autres) la double mission d’être « prophète » et « roi » : une tension inconfortable entre l’idéal et le possible ; mais c’est la tension même de la vie, une tension que le Concile Vatican II nous invite à partager avec tous ceux qui la vivent, quelle que soit leur étiquette (cf. Gaudium et Spes, 1965, avant-propos).

CERCA, le 7 janvier 2007

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