Diocèse d’Aire-et-Dax
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Présidentielles 2002

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  • 3 décembre 2002
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Présidentielles 2002 :
notre démocratie est elle malade ?

La campagne présidentielle a été insipide : quelques grands thèmes à la mode, un discours mesuré de la part des grands partis, le discours habituel des autres, des sondages sans grande surprise … et la perspective d’un scénario connu d’avance : un second tour Chirac – Jospin. C’est là, pensait-on, que les choses sérieuses allaient commencer (pour les militants) … ou que l’ennui allait continuer (pour tous ceux qui estimaient que l’un ou l’autre, c’était un peu la même chose).

La campagne était sur les rails … mais le train a déraillé. Maintenant, il y a un autre enjeu ! et des réactions, des questions, de la mobilisation.

Des réactions : choc, surprise, effondrements, sursauts, … il faudra du temps pour comprendre ce qui s’est réellement passé, et les conséquences. Beaucoup ont cherché des « coupables » : l’émiettement des votes entre de (trop ?) nombreux candidats, l’usure du pouvoir pour les candidats « principaux », la cohabitation, l’abstention massive des électeurs, le déclin du militantisme politique … et même le soleil qui fit préférer le grand air à l’obscurité de l’isoloir !

Les vraies questions rejoignent de réelles inquiétudes : si l’on addition ne les votes protestataires (aux deux extrêmes) et les abstentions, on obtient un nombre impressionnant de gens qui semblent ne plus rien attendre de la politique habituelle des partis de gouvernement. Les évêques de France (ils ne sont pas les seuls) mettent en garde depuis longtemps contre le discrédit du politique : il présente un vrai danger pour toute démocratie …

Que signifie réellement le geste de ceux qui ont voté pour Mr Le Pen ? Les sondages et analyses disent que beaucoup ne partagent pas les thèses du Front National, en particulier les thèses les plus extrêmes. Les raisons du vote sont en fait diverses : la peur face à la montée de l’insécurité (et de l’incivilité) vient d’abord à l’idée, mais il y a aussi l’impression que les partis « installés » au pouvoir ne répondent plus aux attentes des français, et il y a certainement toutes les inquiétudes face à une société qui change profondément jusque dans ses racines, dans les régions jusque là « protégées », changements que l’on attribue (à tort ou à raison) à « l’Europe » et / ou à la « mondialisation ». Ce sont de vraies questions, mais trouverons-nous de vraies réponses en cultivant la peur et en nous coupant du reste du monde ?
Maintenant vient le temps du réveil, et de la mobilisation. Les évêques de France ont appelé, eux aussi, à la mobilisation électorale, en rappelant l’incompatibilité entre la foi chrétienne et certaines thèses du Front National, et en condamnant la récupération par le candidat Le Pen de symboles chrétiens, et le détournement de phrases de l’Évangile (« N’ayez pas peur ! » Matthieu 28, 10) ou de Jean-Paul II (« Entrez dans l’espérance ! »). Justement, l’Évangile nous invite à ne pas avoir peur de l’autre, quel qu’il soit, et l’espérance évangélique nous appelle à construire une société ouverte, un monde solidaire et sans exclusion : « car Dieu ne fait pas de différence entre les personnes. » (Actes 10, 34 ; Romains 2, 11 ; 1ère Pierre 1, 17, etc.)

Mais attention à deux choses :

La « diabolisation » du personnage de Mr Le Pen, jusqu’à présent, lui a toujours été favorable et lui a rapporté des voix : en passant pour un martyr injustement accusé parce qu’il dérange les politiciens « installés », il renforce son image. De toutes façons, que ce soit d’un point de vue chrétien ou démocratique, l’attaque contre les personnes n’est pas justifiable. Le débat doit se situer au niveau des projets de société : quelle vie souhaitons-nous construire ? quelle France ? et quelles relations voulons-nous avec le reste du monde ?

Un consensus large semble vouloir faire barrage à l’élection du candidat Le Pen au second tour. Il ne faut jurer de rien (on vient de le voir !) mais on peut être assez serein si chacun reste mobilisé. Par contre, le risque persiste pour les prochaines élections législatives ! Si l’on ne sait pas prendre – et très vite – la leçon de ce qui vient de se passer, la prochaine surprise risque de coûter cher.

Mais on peut aussi espérer : le choc peut être salutaire. Il est une chance à saisir pour retrouver, reformer, et instruire notre conscience politique ; pour comprendre le sérieux et la nécessité de notre engagement citoyen. La mobilisation actuelle des jeunes est un signe encourageant. Comment l’inscrire dans la durée ?

« Les chrétiens reconnaissent dans la politique une forme éminente de la charité. » (Conseil Permanent des évêques de France, fév. 2002). Prendre notre place dans le débat public et dans la construction de notre société, c’est pour nous, chrétiens, une manière de répondre à notre vocation d’hommes et à l’appel de notre baptême : dans l’Esprit de Pentecôte que nous allons bientôt célébrer, construire ensemble un monde toujours plus humain.

La C.E.R.C.A.
Mail : cerca chez catholique-aire-dax.cef.fr

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