Diocèse d’Aire-et-Dax
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OUI à la PAIX !

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  • 3 décembre 2009
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"La guerre est toujours une défaite de l’humanité !"

(Jean-Paul II, 13 janvier 2003, devant les Ambassadeurs de 174 États)

C’est peut-être une fausse impression… mais tout se passe comme si la guerre en Irak était déjà décidée, planifiée, presque commencée. Plus de 100.000 soldats et de nombreux navires militaires sont à pied d’œuvre, alors que les Commissions chargées d’inspecter le potentiel militaire irakien n’ont pas rendu leurs rapports définitifs, et que le Conseil de Sécurité de l’ONU ne s’est pas prononcé.

Le souvenir de janvier 1991 (la "Guerre du Golfe" ou l’opération "Tempête du désert") doit nous revenir à l’esprit : on parlait alors d’une "logique de guerre", comme un mécanisme implacable que les démarches diplomatiques n’ont pu enrayer. Et onze ans après, on a l’impression que l’histoire se répète… à moins qu’on ne nous répète l’histoire.

Il y a cependant une différence : il y a onze ans, les voix qui défendaient la paix étaient assez peu nombreuses, et elles avaient du mal à se faire entendre. Aujourd’hui, elles viennent de divers horizons, politiques comme religieux, avec plus de force et de crédit. Peut-être la situation est-elle différente ? Peut-être nos analyses ont-elles changé ? Ou peut-être notre conscience a-t-elle évolué ?

Des appels nombreux et pressants :

Dans une lettre (du 17 / 09 / 02) au président G.W. Bush, le président de la Conférence des évêques des États-Unis demandait quelle autorité légitime pouvait autoriser l’usage de la force contre l’Irak : pour une décision aussi grave, il faudrait au moins un large consensus de la nation et l’aval d’une autorité internationale (comme le Conseil de Sécurité de l’ONU).

En octobre 2002, le service "Justice et Paix" de la Conférence des évêques de France jugeait qu’une action militaire en Irak serait "illégitime", et estimait qu’un progrès de la situation en Irak, notamment de la démocratie, ne pourrait être obtenu par la force.

Début janvier 2003, Jean-Paul II, dans son traditionnel discours aux ambassadeurs des 174 états qui entretiennent des relations diplomatiques avec le Vatican, a lancé un appel ferme et clair à tout tenter pour empêcher la logique de guerre de prévaloir. La guerre, disait-il, n’est pas un moyen ordinaire de politique, et elle n’est pas une fatalité.

Actuellement, en France, les principales associations chrétiennes humanitaires ou de défense des droits de l’homme proposent d’écrire au Président de la République et à chaque député pour demander que la France utilise toute son influence au Conseil de Sécurité (y compris son droit de veto) pour qu’une solution pacifique soit trouvée à la crise irakienne ; au cas où la guerre serait déclarée quand même, que la France n’engage aucune troupe ni aucun moyen logistique dans ce conflit. Cette demande émane de l’ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture), du CCFD (Comté Catholique contre la Faim et pour le Développement), du Secours Catholique, de la Cimade, de la Communauté Mission de France, de Justice et Paix France, du Mouvement International pour la Réconciliation, de l’Œuvre Pax Christi, de la Société Religieuse des Amis, et de VEA (Vivre Ensemble l’Évangile Aujourd’hui).

Les opinions publiques sont majoritairement défavorables à la guerre, en particulier si la décision est prise unilatéralement, sans l’accord préalable du Conseil de Sécurité de l’ONU (c’est le cas, notamment, de l’opinion publique américaine).

Des enjeux importants :

Il est possible qu’au moment où vous lirez ces lignes, la guerre soit déjà engagée. Mais, que ce soit le cas ou non, il est important de réfléchir sur le sens et les enjeux de ce qui se passe...

Une question de légitimité internationale.

L’usage de la force doit être étroitement contrôlé et précisément défini. Sinon, il devient une violence au service d’un intérêt particulier. Les appels à la prudence, qu’ils viennent du monde religieux ou politique, s’appuient sur les valeurs de la démocratie (et du bon sens) pour marquer l’importance de deux instances de contrôle de la force : le consensus des populations, et une instance internationale reconnue (l’ONU).

Ce qui se joue sans cesse, dans ces tensions et ces décisions, c’est l’avenir de la mondialisation. Et cela à deux niveaux :
· globalement, peut-on laisser une puissance unique décider de tout ? cette question est d’ailleurs plus large que la crise irakienne … elle touche l’économie, la pollution, etc.
· et plus particulièrement dans le cas du Moyen-Orient, une attitude agressive ne va-t-elle pas alimenter la haine entre Moyen Orient et Occident ?

La guerre n’est pas une fatalité.

Le réalisme politique oblige à reconnaître la possibilité de l’usage de la force, donc de la guerre. La Charte de l’ONU l’admet dans le cadre très strict de la légitime défense. Or, une intervention militaire en Irak, dans l’état actuel de la situation, relève d’une guerre "préventive", qui est la porte ouverte à tous les excès : dans tout pays, on peut toujours trouver une menace (réelle ou prétendue) pour justifier une agression militaire.

Le fait qu’une guerre soit habillée de bons sentiments (libération du peuple irakien) ou de grands principes (sécurité, lutte contre le terrorisme) ne l’empêche pas d’être une guerre. Et, si les principes sont bons, la vraie question est de savoir s’il n’y a pas d’autres moyens.
La guerre de 1991, et l’embargo qui a suivi, n’ont pas affaibli le régime irakien. Par contre, c’est le peuple irakien qui en souffre depuis plus de 10 ans, et les enfants en sont les premières victimes. Dans un contexte aussi complexe et instable que le Moyen Orient, rien ne permet d’imaginer que l’intervention militaire soit la meilleure solution. La guerre n’est pas une fatalité : a-t-on vraiment donné toutes les chances aux autres moyens ?

Vaincre la peur.

Dans son discours devant le corps diplomatique, Jean-Paul II se disait impressionné par le sentiment de peur qui habite le cœur de nos contemporains. Entre les nations, comme en politique intérieure, ou entre les individus, ne sommes-nous pas en train d’enclencher un cercle infernal : la peur nous fait justifier la violence (comme riposte… et à titre préventif), et la violence alimente la peur et la haine. L’Évangile nous invite à avoir le courage, et à prendre le risque, de briser ce genre d’engrenage mortel, par le dialogue, le respect de l’autre et du droit, la solidarité et la justice (c’est le sens de Matthieu 5, 38 ss. par delà l’image employée).

"Nous, croyants, refusons que notre religion serve de paravent à la violence".

C’était un cri lancé par les responsables des principales familles religieuses représentées à Sarajevo au moment où, là aussi, se précisait la menace d’une guerre. Ce cri n’a pas empêché le conflit… mais ce qu’il signifie reste valable. La violence avance souvent masquée : elle prend les habits d’une religion, d’un idée généreuse, d’une sentiment humain … mais elle reste la violence, avec son cortège de malheurs et d’injustices. Et c’est de cela qu’elle se nourrit. L’Évangile nous invite à ouvrir les yeux, pour la démasquer, pour l’éteindre en refusant de l’alimenter.

CERCA,
le 25 janvier 2003

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