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      Les fontaines guérisseuses dans les Landes

Les fontaines guérisseuses dans les Landes

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  • 11 avril 2013
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Les Landes détiennent probablement le record de France des fontaines et sources dites "guérisseuses" puisque J.F.Ratonnat, auteur de l’excellent livre "La vie d’autrefois dans les Landes" (Editions Sud-Ouest) en recense, sauf erreur, 256 dans le département.


Mais nous ne saurions omettre le remarquable article de J. Lafargue, traçant des pistes pour une sociologie historique d’un paysage entêté et entêtant, intitulé "Landes de terre, d’eau et de bois", dont voici un extrait :

"…Les Landes valent également pour leurs multiples fontaines. Fontaines guérisseuses, fontaines de prières, elles se nichent parfois dans la forêt et permettent alors l’imbrication du bois et de l’eau. Dans la Grande Lande, rares sont les villages qui ne possèdent pas leur fontaine. Indifféremment cachées ou à l’inverse bien en vue en lisière de forêt ou dans les bois, on s’y rend autant en procession qu’individuellement, en cachette. Selon les cas, on y vient pour faire des ablutions, sinon pour s’immerger afin, selon les ressources de la fontaine, de guérir les mots de peau, favoriser la maternité ou la lactation, ou encore soigner des douleurs ou des malformations.

Objets de rituels, les fontaines se voient conférer une vie propre, sachant "s’enfuir" et quérir un nouveau terrain d’élection en cas d’offense. Ici s’imbriquent fortement la forêt et l’eau pour tracer les contours mouvants de la magie et de la religion. L’eau a, de la sorte, engendré quantité de rites, de pratiques, vécues naturellement comme partie de la vie quotidienne. Or on ne peut comprendre certains mouvements sans en tenir compte, sans pour autant tomber dans le piège de la perception de la société paysanne comme société païenne, presque sorcière… ".

Enfin il revient au Père Dominique Bop, dans son étude intitulée Retour aux sources (Clarté N° 167, octobre novembre 2005), d’en avoir dégagé l’aspect chrétien sans masquer toutefois l’ambiguïté de pratiques remontant à des époques bien antérieures au christianisme qui, faute de pouvoir les supprimer, les a christianisées : "Un saint protège la fontaine, une chapelle se dresse parfois à proximité et quelques processions conduisent encore les fidèles près de ces sources consacrées".

Les saints et les fontaines

La plupart de nos fontaines sont donc placées sous la protection d’un saint ou d’une sainte : Jean-baptiste est le plus invoqué ; normal, il baptisa Jésus dans les eaux du Jourdain ! En parcourant les fontaines, on rencontre aussi des personnages universellement connus comme Pierre, Antoine, Marc, Marguerite, Catherine, Yves, Michel, Laurent, Madeleine, Clair, Anne, Rose, Jacques, Luce, Agathe, André, Colombe, Roch, Médard… des saints locaux : Quitterie, Girons, Savin... Et nombre de saints oubliés tels Mommolin, Ruffine, Pantaléon, Orens, Guevions, Babylle, Loup, Guirons…
Parfois le nom gascon du saint donne une indication sur l’efficacité de l’eau, tel Eutrope (Estropi) qui soulage les estropiés.
Beaucoup de ses sources ont une légende. L’une des plus belles est sans doute celle de la fontaine Sainte Rose à Samadet, dont on assure que l’eau a changé en roses les pommes de terre d’une jeune fille charitable.

Nombreuses sont les sources faisant l’objet d’une procession religieuse, en particulier la plupart de celles dédiées à Saint Jean, où le jour de la fête du saint on se baigne dans la fontaine avec la bénédiction du desservant.
Dans certains endroits, nous dit J.F. Ratonnat, « la superstition se mêle à la religion quand toute la population, suivant la marche, termine la cérémonie par les feux de la Saint-Jean desquels la famille retire un tison incandescent, le refroidit dans l’eau de la source et le garde précieusement. Un jour, lorsque le tonnerre grondera, il suffira de le jeter dans la cheminée pour que la foudre évite la maison !"
Mais Dominique Bop nous rappelle, après J. Lafargue, que la puissance sacrée que possèdent ces sources peut être redoutable et le saint protecteur se manifester comme l’instrument de la colère divine. Nombreuses sont celles qu’on dit avoir quitté une commune après quelque sacrilège ou manque de respect d’un énergumène qui avait osé cracher dedans ! De plus certaines prières lues près des sources ne s’inspirent pas toujours de la charité évangélique, telle celle-ci :

"Saint Antoine, bénis les bons, punis les méchants, qu’ils s’empoisonnent avec leur venin !" Ainsi mesure-t-on l’ambiguïté de ces pratiques, car si les chrétiens ne peuvent mépriser le souci de trouver un soulagement dans la maladie (pensons à toutes les guérisons opérées par le Christ), ils doivent reconnaître que "les prières et les rites qui prétendraient capter quelque force que ce soit pour le mal ou pour la diriger selon ses caprices personnels, sont en contradiction directe avec la foi chrétienne !"

Il existe aussi quelques fontaines non dédiées explicitement à un saint, comme la source de Yons, dans les dunes de Lit-et-Mixe, autour de laquelle se tenait jusqu’au XIXe siècle, la nuit tombée, une foire aux fusils. Ainsi en est-il également des fontaines dites "Houn de las doulous", "Esbats", "Las mamas", "Sources des Cristalles", "Source des Sorcières", "Béougos", "Gahinus", "Quillacq", "Brameloup", "d’Agès"….

On peut s’étonner que peu de fontaines soient, à notre connaissance, dédiées à la Vierge Marie : "Notre Dame des Douleurs" à Garrosse, "Notre Dame de Lingeard" à Sore, la "Fontaine Notre Dame" à St-Gein… Mais il y en a tant d’autres, à commencer par les plus proches, celles de Buglose et de Lourdes… !
On peut également s’interroger sur la raison de choisir comme protecteur, tel saint et non pas tel autre : peut-être quelque fontaine prit-elle le nom d’un lieu de culte voisin, à moins que ce soit le contraire !

Ces fontaines, que guérissent-elles ?

On l’a vu, de nombreux maux, allant des rhumatismes aux maladies des yeux et de la peau, dont la maladie de la rose (la pellagre), les verrues et les croûtes de toutes sortes, les "loupes" (espèce de lèpre), jusqu’aux douleurs intérieures (maux de tête et de ventre), embarras gastriques, en passant par différentes infirmités. D’autres donnent du lait aux nourrices ou font trotter les enfants en retard pour marcher.

Ces dernières redonnaient aussi "bon pied" aux nombreux pèlerins traversant les Landes vers Saint Jacques de Compostelle ! Le nom même du saint n’est parfois pas étranger au soulagement apporté, tel Saint Clair pour les maladies des yeux, Sainte Quitterie (qui mourut décapitée et dont une source jaillit de la tête) pour les maux de tête et ceux qui la perdent, Sainte Rose pour la maladie de la rose, Saint Eutrope pour les estropiés.
Beaucoup de sources soulagent d’ailleurs plusieurs maux à la fois. Dominique Bop nous fournit le mode d’emploi : "On aura parfois recours à une spécialiste, la “recommandayre”, pour identifier la source correspondant à la maladie. La personne allume 3 ou 4 chandelles qui portent le nom d’une fontaine ; la première (ou la dernière) bougie qui s’éteint désigne le lieu favorable. A charge pour le patient de faire une neuvaine au saint patron, de réciter telle ou telle prière, et de manifester sa reconnaissance en laissant à l’église une enveloppe contenant autant de pièces que de sources visitées, la maladie demandant parfois plusieurs intercessions. Pour les dérangements internes, il faut boire l’eau ; pour les eczémas, on frottera les zones sensibles avec un mouchoir que l’on aura soin de laisser accroché aux côtés de la source. Il ne faut surtout pas toucher ces linges, sinon on hérite de la maladie !"

Aller à la source est donc toujours un pèlerinage, une démarche religieuse au sens d’un contact avec une puissance supérieure dont on espère l’intervention. L’eau bienfaisante pourra guérir : elle est porteuse de vie y compris spirituelle, dans la mesure où le bénéficiaire reçoit également du Christ lui-même par l’intermédiaire du saint invoqué, l’eau vive promise à la Samaritaine sur la margelle du puits de Jacob !
Selon J.F. Ratonnat, les scientifiques et les médecins sourient de ces eaux courant dans la forêt et auxquelles le bon peuple accorde des bienfaits. C’est normal disent les savants, ces eaux sont ferrugineuses, sulfureuses, mais en quantité trop négligeables pour qu’on fasse un établissement thermal, comme à Préchacq, Eugénie, Dax, Saubusse, Tercis. Mais, à nos yeux, là n’est pas la question ; pour certains, ces fontaines furent sacrées, voire miraculeuses. Ainsi l’eau de Lourdes, analysée, est pure certes mais sans la moindre vertu thérapeutique et pourtant combien de miracles peut-on mettre à son actif, autant sur le plan physique que moral ou spirituel ! Pourquoi les eaux de nos fontaines n’auraient-elles pas quelques vertus, à partir du moment où l’on entre dans le domaine de la foi ! Les médecines naturelles à base de plantes sont à la mode, ne serait-il pas temps de penser aux bienfaits avérés de nos sources avant qu’elles ne soient polluées ou victimes de la sécheresse !

Ces fontaines, où sont-elles ?

Un peu partout. Certaines sources ont des vertus thérapeutiques consacrées par la tradition ou la légende ; d’autres en ont sans doute, mais oublié est leur pouvoir ! Pourtant elles alimentent encore abreuvoirs, lavoirs ou fontaines de nos villages.
Citons quelques lieux où elles accordent leur fraîcheur : Arengosse, Arthez, Aureilhan, Bastennes, Belhade, Benquet, Bergouey, Biganon, Boos, Bostens, Campagne, Carcen-Ponson, Cassen, Cazalis, Commensacq, Coudures, Doazit, Escource, Gaillères, Garrosse, Gastes, Gaujacq, Habas, Haut-Mauco, Labastide-Chalosse, Laglorieuse, Laluque, Larrivière, Lucbardez, Maa, Mazerolles, Moustey, Narrosse, Nassiet, Onesse-Laharie, Ousse-Suzan (qui ne se contentant pas d’accueillir la célèbre foire de la St-Michel, dispose à lui seul de 3 fontaines), Pissos, Pontenx-les-Forges (Bourricos), Retjons, Rion-des-Landes, St-André de Seignanx, St-Gein, St-Martin d’Oney, St-Paul-les-Dax, St-Yaguen, Ste Colombe, Ste-Eulalie-en-Born, Samadet, Saubion, Sindères, Sore, Téthieu, Trensacq Villenave, Ychoux, Ygos….

- Cartographie du Conseil général

Bien sûr cette liste est loin d’être exhaustive ! Sont seul but est de vous inciter à rechercher chez vous la source qui manque à l’énumération ; peut-être a-t-elle disparu mais quelque grand ancien est-il à même de la retrouver ? Peut-on la sortir de sa gangue de ronces, de lierre ou de mousse pour la mettre en valeur, et pourquoi pas boire de son eau, s’y baigner ou s’y rendre en promenade, voire en pèlerinage ! Peut-être enfin, est-elle célèbre et bien entretenue : alors il convient de la faire apparaître sur notre site !

Ne nous décourageons pas : beaucoup de noms de lieux-dits commencent par le mot "houn" (houn dou casaou, houn dou bern…) : ne cacheraient-ils pas quelque fontaine ?

Laissons à J.P. Ratonnat le soin de conclure : "Ces fontaines et ces sources tombent en désuétude. C’est dommage car elles maintenaient une foi, une espèce de lien puissant entre les gens d’une même communauté et un respect inné de la nature bienfaisante, que certains semblent découvrir aujourd’hui."

1 réaction


23 avril 2014 18:57, par toulouse jeanne

SAINTE ROSE DANS LES LANDES AI PRIE PÖUR GUERIR MON ECZEMA,
TRES BEAU LIEU DE RECUEILLEMENT.ESPERONS QUE CETTE EAU M’ADOUCIRA
MON ECZEMA.

- repondre message


 

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