Diocèse d’Aire-et-Dax
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            L’église de St Loubouer et son histoire

L’église de St Loubouer et son histoire

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  • 9 février 2012
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Auteur Jacques de Guénin


Introduction

Le Christianisme a fait son apparition dans notre région au 4ème siècle, sous l’influence de l’Empereur Constantin, favorable aux Chrétiens. (il se convertit officiellement sur son lit de mort en 337). Sont alors fondés les premiers évêchés dans les cités.
Avec les Francs, une ère de prospérité s’est ouverte pour le midi. Les disciples de Saint-Benoît (490 - 547) se répandent en Italie et en Gaule et réforment la vie monastique. Il est dit dans les actes des diocèses d’Aire et de Dax (tome 1, page 2 et 7 ) qu’ils ont élevé des maisons bénédictines sur le mont de la Castelle, sur le plateau de Palestrion, près des reliques de Saint-Sever, à Aire près de la tombe de Sainte Quitterie, à Saint Girons, à Pimbo, et à Saint-Loubouer.
C’est probablement au cours du 4ème ou du 5ème ce siècle que fut créé un monastère à Saint-Loubouer, peut-être sur les ruines d’un ancien temple païen (on a trouvé dans les fondations des pierres revêtues d’inscriptions qui auraient été païennes). La légende veut que ce fût un monastère bénédictin fondé sous Charlemagne. Il a probablement rassemblé sous sa dépendance judiciaire et religieuse des quartiers épars dans la campagne.
Au Xème ou au XIème siècle, le monastère a été sécularisé, c’est à dire qu’il n’était plus occupé par des moines mais par des religieux vivant dans la société et devint une Abbaye, à l’architecture beaucoup plus ambitieuse, commencée vers 1075, terminée vers 1120, et détruite en 1569 pendant les guerres de religion. Reconstruite de bric et de broc par les fidèles, elle devint l’église plus modeste que nous connaissons aujourd’hui.

Qui était Saint-Loubouer ?

Au sanctoral de St Sever, on trouve, au 11ème siècle, le 17 février : « Saint Loubouer confesseur et martyr ». Son véritable nom semble avoir été Leporius, transformé plus tard en Liborius. Un texte de 1325 en latin fait en effet état de Sanctus Liborius. En français comme en gascon, on disait Sent Loboer. Le 17 février fut la date de sa canonisation et donc sans doute la première date de la fête patronale. Cette dernière date fut déplacée deux fois pour des raisons pratiques. Elle est maintenant le 12 septembre.
A vrai dire, on ne sait pas grand-chose sur ce Saint. Dom Estiennot a pensé qu’il était un simple anachorète qui édifia le pays par ses vertus et ses miracles vers le 10ème ou 11ème siècle. La sainteté et les miracles de l’humble anachorète l’auraient imposé à l’admiration et à la vénération des habitants qui auraient abandonné les quelques dénominations que pouvaient avoir leurs communautés pour adopter son nom. Son tombeau aurait justifié la formation d’un monastère bénédictin primitif transformé ensuite en abbaye.
Claude Estiennot de la Serrée, dit Dom Estiennot (1639-1699) était un moine bénédictin français de la congrégation de Saint-Maur, inspirée par Saint-Benoït. De 1678 à 1681, il parcourt tous les monastères du Centre, du Sud-Est et du Sud-Ouest de la France. Infatigable dépouilleur de manuscrits, il permit, par un travail obscur et désintéressé, à des érudits des générations suivantes, la publication de nombreux documents inédits qu’il avait eu le mérite de repérer, de copier et de rassembler en recueils. Mais il avoue lui-même qu’il n’a fait que formuler une opinion sur Saint-Loubouer car, lors de ses visites, les archives de l’église avaient déjà disparu suite aux destructions opérées par les Huguenots en 1569 et 1570 dont nous parlerons dans un prochain numéro.
L’Abbé Césaire Daugé(1) (1858-1945) a émis une hypothèse qui paraît plus convaincante. Le 8 juin 1915, jour de communion solennelle à Saint-Loubouer, l’abbé Peydessus, curé de la paroisse, lui fait découvrir une sacristie secondaire qui servait de débarras. "En parcourant ce chaos, écrivit-il, mes yeux furent captés par une étrange vision. Ce réduit obscur était une obsidiole(2) romane.[…] Un examen sommaire permit de remarquer des décalques ou moisissures qui indiquaient, à n’en pas douter, des peintures depuis longtemps recouvertes par des badigeonnages peu intelligents". L’Abbé Daugé revint plusieurs fois dans l’obsidiole et procéda à la mise à jour des peintures. Il s’agissait d’une fresque composée de 7 tableaux qui symbolisaient la rédemption du genre humain par le drame de la croix et le triomphe de la Vierge reine et mère qui avait conçu le rédempteur. Y figuraient aussi Pierre, le vicaire de l’église fondée sur le Christ et Paul, l’apôtre des nations. La foi en la rédemption dans la paroisse était représentée par son patron, Saint-Loubouer. Dans le dernier tableau, l’archange St Michel terrassait Lucifer. Dans cette fresque, Saint-Loubouer, debout, rasé, revêtu de vêtements magnifiques, crosse en main, mitre sur la tête, fait le geste de bénir, avec les trois premiers doigts de la main levés. On peut s’en faire une idée en regardant la statue de Saint-Loubouer, beaucoup plus récente(3), qui se trouve sur la gauche, juste avant le chœur. Cette découverte permit à l’Abbé Daugé d’affirmer que Saint-Loubouer n’était pas un simple anachorète, mais plus vraisemblablement un évêque, un pontife. Ce pontife, représenté comme le gardien de la foi pour la paroisse, ne pouvait être que le saint lui-même, patron de la paroisse.
L’abbé Daugé, après consultation du Conservateur du Musée de Pau, estima que les peintures devaient avoir été faites aux alentours de 1520, une cinquantaine d’années avant la destruction de l’église par les protestants, en 1569, dont nous reparlerons. Cette datation laisse penser que Saint-Loubouer fut le fondateur ou le premier Abbé de l’Abbaye bénédictine, comme le proclame aujourd’hui une petite bannière moderne qui se trouve dans l’église.
L’obsidiole qui contenait les peintures n’avait pas été épargnée par la démolition effectuée par les protestants. Sa partie supérieure était un tas de ruines, mais les murs étaient encore debout. Ces peintures ont donc été soumises aux intempéries pendant un quart de siècle. Pendant la période de reconstruction de l’église, comme nous le verrons, les moyens manquaient, et l’église ancienne, dont les plans eux-mêmes avaient été détruits, ne put être reconstruite dans sa splendeur originale. L’obsidiole devint une sorte de sacristie secondaire pour chanoines, et ceux-ci ayant disparu, elle devint un débarras. . Les colorations des peintures avaient été absorbées par les diverses couches de lait de chaux dont on avait gratifié les murs. On renonçât donc à les faire restaurer. Aujourd’hui, un siècle après leur découverte, le temps les a encore détériorées. Mais fort heureusement, l’Abbé Daugé avait fait venir un professeur de l’école des Beaux-Arts de Bordeaux, M. Edward Lacoste, qui prit au lavis une copie parfaitement exacte des dessins. Des photos furent prises de ces dessins et reproduites dans la petite brochure sur les fresques de Saint-Loubouer écrite par l’abbé Daugé, brochure dont je me suis inspiré pour écrire une partie de cet article. (A suivre)

1 L’abbé Daugé, qui a exercé dans nombre de paroisses des Landes, fut un analyste infatigable du folklore local. Grand érudit, auteur prolifique, il a produit diverses études, notamment sur Saint-Loubouer, dont nous nous sommes inspirés, mais aussi des pièces de théâtre en Gascon, dont une en vers. Il a été vice-président de la Société de Borda.
2 L’abside est la partie qui termine le chœur d’une église. Une absidiole est une petite abside qui termine une nef latérale. Depuis les guerres de religion, nous n’avons plus ni abside ni absidiole, mais des vestiges reconstruits dont l’une, à droite de la nef, sert de sacristie et l’autre, à gauche, qui ne contient plus de grabats, mais la chaudière de l’église.
3 Elle date du XVIIIème siècle.

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