Diocèse d’Aire-et-Dax
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L’ Espérance

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  • 3 décembre 2009
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L’ Espérance
Chemin de Libération
Amour de la Vie

" www.esperer.net " : ce site Internet lancé officiellement le 6 février 2000, lors de la Journée Chrétienne de la Communication, est un portail d’entrée commun aux Églises chrétiennes de France 1. Symbole d’une réconciliation des chrétiens entre eux et avec la modernité ? C’est sans doute beaucoup dire, même si ça y participe. En tous cas, il s’agit bien d’un message commun des chrétiens de France. Ce qui est remarquable, c’est que la première page de ce site, ou l’affiche de sa publicité, nous renvoient d’emblée à une question : "Et vous, quelle est votre espérance ?"

Question-clef, en effet. Notre époque, depuis quelques décennies, semble osciller entre espoirs et déceptions, sur fond de pessimisme généralisé : le politique est discrédité, l’économique nous échappe, la motivation syndicale paraît s’essouffler, le religieux est en perte de vitesse ou en plein éparpillement, la science et la technique - encore très porteuses d’espoir - montrent aussi leurs limites et leurs dangers. Même si les Landes sont encore une terre où il fait bon vivre, nous ne sommes pas sur une autre planète. Et cet état d’esprit est bien souvent le nôtre.

Il ne s’agit pas ici, en quelques lignes, de réhabiliter tous ces domaines. Il s’agit seulement d’accepter honnêtement la question des Églises de France : où est notre espérance ?

L’espérance : un regard positif et sans naïveté.

Cette année 2000 devait couronner "le réveillon du siècle", sinon du millénaire. En fait, elle s’est ouverte sur une double surprise :
- une tempête qui a bousculé les préparatifs et la fête, nous renvoyant à nos fragilités et aux limites de nos technologies. Le réveillon du XX° siècle a ci et là retrouvé les charmes de l’antique bougie et du feu de bois.
- et, même sans cette tempête, les festivités auraient été plus mesurées, moins colossales que prévu.

Cette double surprise a montré que le bon sens et l’équilibre sont finalement plus répandus qu’on ne le dit : on a fait la fête, on a marqué le coup, mais sans oublier d’en laisser pour les lendemains ; il restait encore bien des places libres à certains banquets hors de prix. Et l’on a déjà oublié les propos alarmistes et les rumeurs de « fin du monde » qui agitaient quelques esprits. Les historiens nous rappellent que la « grande peur de l’An 1000 » a existé dans les récits ultérieurs plus que dans les préoccupations réelles de nos ancêtres d’il y a 1000 ans. Les hommes de la fin du 2ème millénaire ont finalement su faire la part des choses, tant en ce qui concerne les « prophéties » que le côté commercial de ce passage.

La tempête a aussi révélé quelque chose d’important : dans les situations difficiles - et certains coins des Landes ont connu cela ! - nous avons été capables de nous adapter rapidement, et de retrouver des gestes de solidarité à grande échelle. Bien des familles sinistrées, ou tout simplement en panne d’électricité et de téléphone, garderont le souvenir de gestes de partage et d’entraide, d’organisation collective improvisée pour mettre en commun les ressources disponibles. Parfois, dans les familles ou entre voisins, on n’a jamais si bien communiqué que lorsque les moyens de communication étaient en panne !

Pas de naïveté, cependant : quelques mois plus tard, le « conflit social de l’essence », qui a provoqué quelques jours de pénurie de carburant, a aussi montré que nous savions retrouver, nous aussi, violences et insultes pour quelques litres d’essence pris « avant son tour ».

L’année 2000 fut aussi celle des Journées Mondiales de la Jeunesse, à Rome (auxquelles plusieurs centaines de Landais ont pris part), et celle des Jeux Olympiques, à Sidney. Deux moments grandioses, chacun en son registre. Deux grands rassemblements qui se veulent porteurs d’espoir, de paix, de réconciliation. Feu de paille ? sans doute pour beaucoup … mais pas pour tous. Faut-il déjà tourner la page ? Un feu qui a brûlé un jour intensément ne laisse-t-il aucune trace, aucune chaleur capable de se réveiller un jour ?

Plus récemment, à une heure d’avion de chez nous, à Belgrade, un peuple s’est réveillé, sans violence inutile, pour faire respecter son vote. Tout n’est pas réglé pour autant, loin s’en faut. Mais ces divers événements, qui ne sont pas à mettre sur le même plan, dévoilent chacun à leur manière les possibilités, les générosités, les capacités de dépassement, qui sont les nôtres aussi.

Espérer, d’abord, c’est savoir les voir pour les réveiller.

L’espérance : un acte de foi en l’homme.

L’espérance est un acte de foi dans les capacités de réaction positive, d’adaptation, et de cicatrisation de l’homme. Bien sûr, il y a – et il y aura toujours – des personnes, des jeunes ou des moins jeunes, blessées, abîmées par les accidents de la vie, par leur propre comportement, par l’usage de produits dangereux, par leur entourage, etc.

On peut même noter avec inquiétude la multiplication des "conduites à risque" chez les jeunes, y compris dans nos Landes : drogue, alcool, sexualité sans protection, conduite dangereuse, mise en danger de sa vie par jeu, etc. Il s’agit de prendre très au sérieux ces appels, de comprendre à temps qu’ils sont souvent des cris de détresse, ou des manières, maladroites car dangereuses, de simplement vouloir exister dans un monde ou tout semble devenu insignifiant, à commencer par soi-même.

En effet, si les gestes fondamentaux de la vie (aimer, rencontrer, parler, écouter, donner …) paraissent avoir perdu leur sens, s’ils n’ont plus de but ni de contenu à force d’être banalisés, alors on ne peut plus rien exprimer de soi-même, on ne peut plus exister soi-même à travers ces gestes. Si l’amour se mécanise, si la parole n’est plus qu’un monologue avec la machine (le portable ou l’ordinateur), si le corps n’est plus qu’une machinerie neutre, si l’on ne sait plus gérer ses sentiments et ses pleurs qu’au moyen de médicaments et autres produits chimiques … alors où et comment exister comme être humain ?

Ne nous trompons pas de combat : les moyens chimiques, mécaniques, électroniques … sont d’incroyables et excellents outils, qui peuvent apporter une aide précieuse, souvent nécessaire à certains moments. Mais ils ne peuvent en aucun cas résoudre les problèmes d’humanité à la place des humains. Sauf à vouloir ressembler à nos machines. Se faire peur pour se sentir vivre ne donnera pas un sens à la vie, de même que connaître et utiliser parfaitement les moyens contraceptifs ne suffit pas à vivre une relation affective épanouissante, comme il ne suffit pas d’avoir un portable et une adresse E-mail pour sortir de sa solitude.

La technique n’est pas mauvaise en soi. Elle rend simplement beaucoup de choses possibles. L’être humain est-il rendu différent pour autant ? Moins qu’on ne le croit. La technique exacerbe nos fragilités, elle ne les invente pas. Elle agit au fond comme un révélateur : elle nous révèle à nous-même en nous donnant des moyens supplémentaires, plus puissants, pour agir sur la nature, sur les autres, sur nous-mêmes.

L’espérance nous dit que la technique ne nous détruira pas si nous savons seulement rester humains. C’est dans la communication, la qualité de parole et de dialogue - dans l’amour, au fond - que se construit notre avenir.

L’espérance : prendre le risque de construire l’avenir.

Espérer, ce n’est pas attendre de l’avenir qu’une solution aux problèmes se dessine d’elle-même. Dans ce cas, la solution qui se dessine le plus souvent est malheureusement bien connue : l’explosion de violence, collective ou individuelle, voire suicidaire, quand la situation est devenue sans espoir, ou quand on ne parvient plus à identifier les raisons d’espérer.

L’espérance n’est pas l’espoir. Elle n’est pas « le sentiment que tout va finalement s’arranger ». Elle est la volonté délibérée d’agir, avec confiance et réalisme. Avec confiance, car elle croit (et constate aussi) que l’homme peut trouver les ressources pour se construire et se reconstruire sans cesse. Avec lucidité, c’est à dire en acceptant que cette route soit parfois douloureuse ou frustrante.

En effet, on peut rêver d’un monde aseptisé, dans lequel tout risque est contrôlé, assuré, dans lequel on peut avoir - sans attendre - tout ce que l’on désire. Parfois, d’ailleurs, on tente de le construire. Mais ce n’est pas un monde humain. On peut rêver du « risque zéro » et multiplier les protections à tous les niveaux, jusqu’à des comportements (presque) paranoïaques. Mais tous ces jeunes (et moins jeunes) qui prennent des risques savent ou sentent que la vie est parfois à ce prix.

Encore une fois, ne nous trompons pas de combat : pas d’apologie de l’inconscience. Il est révoltant et criminel de jouer avec sa vie, surtout avec celle des autres, dans des domaines où la technologie et la prudence nous permettent d’assurer une certaine sécurité. Mais mettre toute sa confiance dans la seule technologie est illusoire et dangereux. Illusoire, car souvent la technique supprime un risque, mais en crée un autre. Dangereux, dans la mesure où l’on s’en sert pour cacher ou repousser un problème humain au lieu de le gérer et de l’assumer.

On peut demander à la chimie, à la médecine, à la haute technologie, ou à la Loi, de compenser nos errements, d’en atténuer les effets néfastes, d’être le parachute ou la bouée de sauvetage … mais au bout du compte, il faut bien nous assumer nous-mêmes. Aucune technologie ne peut nous dispenser de prendre le risque d’aimer, de vivre, de choisir, et donc éventuellement d’être déçus et de souffrir. Aucune chimie ne peut nous dispenser d’affronter notre propre responsabilité. L’Évangile nous invite même à ajouter : à moins de renoncer à être humain, aucune technique ne peut nous dispenser du risque de la rencontre de l’autre, en vérité, sans fard ni sécurité.

L’espérance : un combat contre la peur.

Espérer, ce n’est pas lutter contre le mal, c’est lutter pour le bien. C’est passer d’une "restauration" à une "re-fondation" ; passer d’une reproduction du passé à une construction du présent. Il ne s’agit pas de nier le passé, d’abandonner tout ce qui en a fait la valeur, mais il s’agit de retrouver ce qui nous a déjà construits, pour construire à nouveaux frais.

Espérer, c’est surtout être libre - du moins apprendre à se libérer - par rapport à l’idée de fatalité, en particulier celle du mal. La fatalité a juste le poids qu’on veut lui donner, ou que d’autres nous imposent avec plus ou moins de subtilité. L’espérance libère de la peur. Pas d’abord de la peur de la mort. Elle libère de la peur des autres, de soi-même, de la peur d’assumer sa propre vie, ses propres décisions, finalement son propre avenir. Espérer, c’est lutter contre la banalisation du désespoir.

Espérer, c’est ainsi dépasser le très court terme, l’immédiateté. Il semble que l’on ait du mal, aujourd’hui, à se projeter dans l’avenir. On vit le plus souvent au jour le jour. C’est sans doute une conséquence de bien des contraintes de la vie moderne, mais ce n’est pas une fatalité. En tous cas, il ne faudrait pas que nous en fassions une fatalité, car il est très difficile de se construire dans l’immédiateté, et d’y prendre des décisions un peu plus libres, c’est à dire plus mûrement réfléchies. Certaines décisions graves, comme certaines ruptures ou certaines tentatives de suicide, ne sont-elles pas prises parce que cela semble « la solution immédiate » au problème présent ? Qui sait si la durée, la réflexion à plus long terme, n’auraient pas apporté un autre éclairage...

Espérer, c’est aussi se méfier des préjugés qui condamnent l’homme, et qui, du coup, bouchent l’avenir. Juger la jeunesse, les retraités, les politiques … "il n’y a rien à en tirer…" c’est souvent profondément injuste, et c’est surtout démobilisateur (c’est cela le plus grave). L’espérance, au contraire, ouvre un champ d’action, une lutte contre la résignation. Les parents, les éducateurs, … misent de fait sur l’avenir. L’espérance est le moteur de tout combat pour l’homme, pour la vie, pour l’avenir.

Au fond, l’espérance invite à poser de vraies questions : de quoi pensons-nous être capables, et de quoi sommes-nous réellement capables ? De quoi pensons-nous que les autres sont capables ?

L’espérance : un acte de foi en Dieu.

Espérer, c’est croire qu’un chemin existe, même s’il est chemin de croix. Si l’on n’oublie pas que le chemin de croix débouche sur une vie renouvelée, même si elle garde la marque de ses blessures. Une vie que les chrétiens appellent « résurrection », sans oublier qu’ils parlent là, non pas d’abord de leur avenir, mais de leur vie présente, déjà habitée d’une force de vie qui les dépasse.

Cette vie n’a rien de magique : elle ne dispense ni des épreuves, ni des souffrances. Ce n’est pas le rêve d’une vie sans problèmes ; c’est le choix (risqué … mais porteur d’avenir) de faire confiance à l’homme parce qu’il est aimé de Dieu et habité par son Esprit, malgré toute blessure et toute fermeture. L’espérance instaure - ou restaure - la confiance, en soi, en l’autre, en Dieu.

Elle instaure même plus que cela : une relation qui est de l’ordre de l’amour, et dont nous trouvons la source et le meilleur témoignage dans la vie, l’action, et l’être - même de Jésus Christ. Il a montré que Dieu est engagé à nos côtés, et que cet engagement ne dépend pas de nos mérites (sans doute Dieu a-t-il plus confiance en nous que nous-mêmes !). Il a montré que l’amour peut vaincre toute forme de mort, et que l’homme, restauré dans sa dignité, est capable du meilleur.

L’espérance chrétienne n’est pas un sentiment. Elle est autre chose qu’une conviction optimiste. Elle est un projet de libération pour, en quelque sorte, « rendre l’homme à lui-même », mais à lui-même vraiment et totalement, dans toutes ses dimensions : corps, âme, esprit… toujours en relation avec d’autres humains et avec son environnement. C’est là que nous pouvons chercher ensemble les clefs d’un avenir.

L’Évangile ouvre un avenir… au présent. Il fait résonner à nos oreilles les paroles du Christ : « Lève-toi, et marche. » pour assumer notre vie d’hommes libres, solidaires et responsables. Ce projet vient de Dieu. C’est ce qui en fait la force.

L’espérance chrétienne voudrait résonner comme un chant d’amour pour l’homme. Parce qu’il est aimé de Dieu, l’homme peut vaincre ses peurs et - toujours avec d’autres - risquer l’aventure d’une vie authentique.

Espérer, pour un chrétien,
c’est d’abord aimer la vie.

Mais l’aimer vraiment, pour elle-même,
et non pas s’aimer soi-même au détriment de la vie.

C’est l’aimer jusqu’à la respecter :
ne pas la détruire ni la mutiler.

C’est la vivre avec intensité
dans ce qu’elle donne et dans ce qu’elle refuse.

C’est la vivre telle qu’elle est, et non par procuration,
par personne ou par rêve interposé.

C’est vivre en acceptant de ne pas avoir - ni être - tout,
tout de suite.

C’est la vivre en sachant que chaque existence
est un chantier dont le dernier mot
ne nous appartient pas,
puisqu’il est de l’ordre de l’Amour.

La CERCA
Toussaint 2000

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