Diocèse d’Aire-et-Dax
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            L’Eglise de St Loubouer et son Histoire (fin)

L’Eglise de St Loubouer et son Histoire (fin)

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  • 9 février 2012
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L’Abbaye (1075-1569)


Succédant à un monastère bénédictin, l’Abbaye de Saint-Loubouer avait une belle apparence. Elle mesurait 71 m de long et 16 m de large. Elle était à trois nefs, sans transept. La largeur de chaque bas-côté était de 4m. Six immenses colonnes, ornées de chapiteaux finement sculptés soutenaient une belle voute en pierre de taille. Plusieurs colonnes de moindre grandeur, à chapiteaux richement ornés de feuillages, d’animaux ou de scènes bibliques supportaient des armatures le long du mur intérieur du chœur ou des bas-côtés. Deux puissants contreforts soutenaient le mur de façade. Comme aujourd’hui, la porte principale, percée dans cette façade, n’ouvrait pas sur le milieu. L’autel principal n’était pas dans l’axe de la porte, mais sur sa droite.
La basilique "bien parée", selon le mot de Dom Estiennot, dominait la contrée. L’abbaye avait un cloitre à colonnes élégantes, fines, surmontées de chapiteaux sveltes et sculptés. Ce cloitre était situé au Nord de l’église, à la place du cimetière actuel.
L’église était desservie par un curé, ou "vicaire perpétuel" qui assurait le service paroissial. Elle abritait un Abbé ou Doyen et un chapitre de huit chanoines. Un sacristain et un chantre assistaient le chapitre et le curé. La maison conventuelle, commune à l’abbé et aux chanoines, était reliée à la basilique par le cloître.
Chanoine signifiant "homme vivant sous un règlement de prière en commun", La journée était rythmée par les "heures canoniales", espacées de trois en trois : Matines ou minuit ; Laudes : 3 h du matin ; Prime : 6 h ; Tierce : 9 h ; Sexte ou midi ; None : 15 h ; Vêpres : 18h ; Complies : 21 h. Il n’y avait pas de mâtines pendant les six mois d’hiver. Plus que des heures au sens où nous l’entendons, elles correspondaient à des moments auxquels des prières devaient être récitées ou chantées. Chaque jour, le chapitre chantait en plus une messe capitulaire, ainsi nommée parce tout le chapitre était tenu d’y participer et une pour les trépassés. Les messes étaient annoncées par des sonneries de cloche dont le plus ancien chanoine avait la responsabilité.
L’abbé était élu par le chapitre, et, semble-t-il, parmi ses membres, sans que cela soit absolument certain. Ce qui est certain, en revanche, c’est que l’abbé pouvait aussi avoir d’autres occupations, y compris être abbé d’une autre abbaye, et n’était pas forcément présent en permanence à l’Abbaye. De leur côté, les chanoines pouvaient très bien avoir d’autres responsabilités, telles que curé de telle ou telle paroisse voisine. Abbé et chanoines étaient généralement issus de familles de la région, souvent de Saint-Loubouer même, fréquemment de familles nobles, encore que le recrutement se démocratisa régulièrement au cours des siècles.
Même dans cette maison consacrée à Dieu, il y avait parfois des conflits. En l’année 1308, il y eut deux élections. La première, dont le jour était canoniquement fixé, élisait Armaner de Saint-Orens. Trois jours après, une deuxième assemblée à laquelle ne participaient pas ceux qui avaient voté la première fois, élisait Pierre de Lauret. Il est possible, mais non certain, que les deux postulants aient eu chacun 4 voix. L’affaire fut envoyée pour jugement en cours de Rome, mais Pierre de Lauret décéda sur ces entrefaites, ce qui régla l’affaire. Rome confirma Amaner de Saint-Orens comme Abbé.
L’abbaye rayonnait sur un vaste secteur comprenant Geaune, Pantaignan, Buanes, Classun, Esperons, Bats, Castelnau, Pécorade, Caussimont, Lescoutes, Sensac, Sarraziet(1) . Ces différentes communes versaient à l’Abbaye une dime convenue dont le recouvrement était affermé à des particuliers. D’autres revenus de l’abbaye provenaient de possessions de l’église (deux moulins, des terres) qui étaient également affermées, Ces revenus étaient versés aussi bien en argent qu’en nature. Ils servaient à l’entretien de l’église et aux "prébendes", ainsi que l’on appelait les revenus des membres du chapitre. L’abbé touchait le double d’un chanoine Selon l’abbé Daugé, ces ressources étaient maigres et "procuraient à l’abbé et aux chanoines plus d’honneur que de revenus".
Pendant toute l’époque de la féodalité, l’abbé était aussi le premier seigneur de Saint-Loubouer. Il partageait sa seigneurie avec d’autres seigneurs appartenant à des familles nobles de Saint-Loubouer et percevait les droits seigneuriaux des biens relevant de sa juridiction ainsi que des émoluments liés à ses responsabilités judiciaires.
Le prestige de l’abbaye est confirmé par un évènement qui eut lieu en 1443. On sait qu’en 1152, Aliénor d’Aquitaine épousa Henri Plantagenêt, qui devint roi d’Angleterre en 1154. C’est ainsi que pendant 3 siècles, de 1154 à 1453, l’Aquitaine va se trouver sous domination anglaise. De nouvelles divisions administratives et militaires, appelées sénéchaussées, sont créées. Vers 1340, le roi d’Angleterre Edouard III, petit-fils de Philippe le Bel, revendique le trône de France alors que le roi de France, Philippe VI, revendique l’Aquitaine. Ce conflit va engendrer la Guerre de Cent Ans. En 1443, les trois sénéchaussées de Dax, de Tartas, et de St Sever, se rallient à la couronne de France sous la pression de Gaston IV de Foix, Lieutenant Général du Roi de France. Le 11 mai, Gaston de Foix et les représentants des trois sénéchaussées se réunissent à l’église de St Loubouer pour sceller cette décision historique et en régler les modalités d’application.
L’abbaye de Saint-Loubouer était arrivée au 16ème siècle à l’apogée de sa gloire lorsque les guerres de religion lui portèrent un coup fatal en 1569, ainsi qu’à d’autres églises du diocèse. Dès les premiers troubles, Messire Gaillard de Laporte, un prêtre, fut tué par le capitaine Mesmes ; l’église, le cloître et la maison conventuelle furent entièrement rasés par le régiment du capitaine Sénégas. Les deux capitaines étaient sous les ordres de Montgomery. Tous les ornements, joyaux, et même les cloches furent emportés. Tous les livres et les documents furent entassés et brûlés. A vrai dire, la démolition proprement dite des murs d’une église est un long travail que l’on voit mal faire par une armée. Effectivement, la démolition fut effectuée par une équipe de maçons dont on a conservé les noms : Martin Christophe Armagnac, Thomas de Cazaux et Pierre Labarrière, sous les ordres d’un certain Sancet d’Ayou, qui disait avoir commission de MM. Les Princes (le Prince Henri de Bourbon, fils de Louis I, le Prince de Condé qui fut tué à Jarnac, et le Prince de Bourbon devenu depuis Henri IV ).
Divers personnages, dont les noms sont conservés dans "Le Verbal de Charles X", ont participé au pillage des biens de l’église. Une partie des pierres fut enlevée, ce qui, d’après l’abbé Banos (1839-1905)(2) , explique que la base de la porte du sud de l’église actuelle ne soit pas en rapport avec le magnifique arceau roman qui la surmonte. L’abbé Banos ajoute : « quelques colonnes durent leur salut à l’amoncellement des ruines, et portent encore sur chacune de leurs faces, à la naissance des nervures, quelques ornementations romanes affreusement mutilées. Les pierres de la maison de Dieu furent la proie des habitants ; on en voit encore quelques-unes très finement sculptées formant saillie dans l’épaisseur des murs, particulièrement aux extrémités de la façade Nord de la maison commune ou mairie. On se demande également si une borne en très beau marbre placée à l’encoignure d’une maison n’est pas un reste d’une belle colonne de l’église… Pourquoi une pièce si riche dans un endroit si profane ? … Cette borne a souvent attiré l’attention des savants… Peut-être que des fouilles permettraient de lui assigner son véritable caractère. Quoiqu’il en soit, et bien que les pierres et certains ornements soient d’une époque très reculée, l’église actuelle ne remonte pas au-delà du XVIe siècle. »
Cher lecteur, ne vous indignez cependant pas trop vite contre les protestants. Indignez-vous plutôt que de telles violences aient eu lieu entre deux religions se réclamant toutes deux de l’enseignement du Christ. Entre 1562 et en 1598, nous n’avons pas eu moins de 8 conflits sanglants entre catholiques et protestants et il faut bien reconnaître que dans la plupart de ces conflits, ce sont les catholiques qui ont commencé. En 1568, ils ont été encouragés par une bulle du Pape Pie V ordonnant la croisade contre "les hérétiques". En Navarre, ou régnait Jeanne d’Albret, les protestants étaient particulièrement puissants et réagirent sans discernement aux exactions opérées contre eux lors de la 3ème guerre de religion (1568-1570).
C’est Vatican 2 qui a mis fin formellement à l’hostilité entre catholiques et protestants et encouragé le dialogue entre les différentes religions. Ce dialogue, initié par Jean XXIII a été activement poursuivi par tous ses successeurs.
C’est dans cet esprit que le 10 août 1977, le mariage de Jacques Sourbié avec Françoise Dupas put être concélébré dans notre église par l’abbé Dulois et un pasteur protestant, mettant ainsi symboliquement un point final à ce monstrueux antagonisme.
Le prochain article décrira ce qu’est devenue l’église de 1569 à nos jours.

Jacques de Guenin


(1) Certaines de ces communes ont disparu par fusion avec d’autres communes
(2) L’abbé Jean Banos a été curé de Saint-Loubouer de 1875 à sa mort en 1905. Dans les années 1870, l’évêque avait demandé à divers curés d’écrire sur leur village une monographie dont le plan était spécifié. La monographie sur Saint-Loubouer, manuscrite, et dont nous sommes également inspiré, est restée dans la commune jusqu’à ce qu’Alfred Remazeilles, maire de 1977 à 1995, juge plus sûr de la déposer aux archives départementales

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