Diocèse d’Aire-et-Dax
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Justice et Pardon

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  • 24 mai 2017
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La justice et le pardon ont été les thèmes d’une session de formation à l’Arrayade à Dax les 27 et 28 février 2017.


Ces deux journées se situent dans le cadre de la Loi de Dieu donné à Moïse sur le Mont Sinaï, les dix commandements, de ce que nous ont dit les prophètes et de leur transmission dans l’Eglise.

Mais la loi de Dieu s’est accomplie dans la révélation de l’incarnation de Dieu en Jésus, son Fils unique, vrai Dieu et vrai homme. Jésus, le Verbe de Dieu nous a dit « je suis le chemin, la Vérité et la vie » Autrement dit il nous a montré le chemin de ce que doit être la Miséricorde : justice et pardon.

Justice et pardon « ne sont pas deux aspects contradictoires mais deux dimensions d’une unique et même réalité qui se développe progressivement jusqu’à atteindre son sommet dans la plénitude de l’amour »

St Augustin a dit « aime et fais ce que tu veux ». C’est la loi d’amour qui accomplit la loi de l’ancien testament. Aime Dieu et ton prochain sont indissociables. Mais la chute en Adam a « brouillé les cartes » en quelque sorte. L’homme est blessé par le péché bien que racheté par le Christ sur la Croix. Il est menacé en permanence par des manquements vis-à-vis de son prochain, soit volontairement soit involontairement. Il a pour repère sa conscience du bien et du mal.

La justice va donc intervenir, puis le pardon, en fonction de sa repentance car l’homme reste libre dans sa foi en Dieu et dans la cité. Justice des hommes, justice de Dieu.

Les neufs exposés, conférences, qui se sont succédés avaient chacun un point de vue particulier, mais dans une vision commune : la référence au Dieu d’Amour. Plus ou moins explicitement, ils s’inscrivaient dans la référence à la Miséricorde de Dieu, en cette année qui suit le Jubilé voulu par le Pape François.

C’est donc de notre relation à autrui dont il était question dans tous les exposés et de la manière dont la cité des hommes (laïcité en France) et l’Eglise du Christ au cours de son histoire, ont interprété ce binôme justice-pardon par rapport à la Loi de Dieu.

Dans l’ordre suivant : philosophe enseignant, prêtres, religieux, juge, maire en milieu rural, animatrice pastorale en établissement privé catholique, avocate conseillère familiale, ont fait part de leur expérience et leur réflexion sur les deux aspects de la question à partir de leur expérience de chrétiens sur le « terrain ».

Voici le titre de la réflexion que j’en ai retiré :

Justice et pardon : l’homme miséricordieux à l’épreuve de l’image de Dieu.

Pour structurer ma propre réflexion, enrichie par ces communications, denses de « pâte humaine », j’ai choisi d’utiliser la première intervention, celle du philosophe, dont le titre annoncé par un autre intervenant prévu, était « une vision philosophique de la miséricorde », et qu’il a, pour lui-même, intitulée « Entre miséricorde et compassion ». J’y ai incorporé les idées des autres interventions que j’ai retenues.

Par rapport à la philosophie, le Pape Jean Paul II dans son encyclique « Foi et Raison » a situé la raison, non dans la rationalité commune, mais comme « la quête de la sagesse de l’humanité dans son aspiration et sa rencontre avec la sagesse de Dieu révélée en Jésus Christ, à la plénitude des temps historiques »

Marc Conturie, philosophe, dans cette perspective, est parti de la notion de pitié comme prisme naturel de l’homme ; puis il a essayé de répondre à la question de qui est mon prochain ; puis il a apprécié la compassion comme un miracle ; et enfin il a relié miséricorde et charité.

Les idées retenues des autres conférenciers vont être intégrées dans deux points de repères suggérés par le philosophe, et en écho mes propres commentaires et références le seront également :

1. origine du mot « miseria ». La pitié dans sa connotation ancienne, qui nous parait condescendante aujourd’hui, est une disposition naturelle de l’homme dans sa relation à autrui qui souffre, qu’il va devoir éclairer, cultiver, , enrichir comme une vertu à acquérir : la charité.

Il nous faut « VOIR l’autre, FAIRE EFFORT de volonté » dans le contact avec le « visage de l’autre ( E.Levinas »), qui n’est pas soi et parfois nous fait reculer, voire l’éviter par l’image négative qu’il nous renvoie de sa souffrance. Mais il nous est semblable. C’est notre prochain.

Au passage dans son chapitre sur « La vertu » Aristote dit que « nous sommes naturellement prédisposés à acquérir des vertus morales, à condition de les perfectionner par l’habitude »( livre II §3).

C’est un apprentissage constant dans les limites de notre nature humaine, mais aussi dans notre capacité à la charité donnée par DIEU (vertu théologale).

• Michel Garat, prêtre théologien, dans sa conférence intitulée « Miséricordieux, lent à la colère » fait référence à : « Le Seigneur est bienveillant et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour » (Ps 145,8)

Il nous donne à réfléchir sur ce qu’est la Miséricorde de Dieu dont le Christ est le Visage. « Est miséricordieux celui qui tient son cœur auprès du malheureux »…. « Il s’agit d’aimer avec ses « entrailles » c’est-il dire avec le cœur ».

Aimer son frère avec compassion, C’est aimer du plus profond de nous-mêmes avec « pitié, fidélité, loyauté, amour, bienveillance », comme Dieu nous aime à notre création et il nous le manifeste sans cesse depuis qu’il s’est fait connaître au peuple hébreu et en Jésus le Christ.

« Il nous faut imiter la Miséricorde de Dieu, par exemple le lavement des pieds le soir de la Cène, « à son image, même si elle est petite par nous ».

Dans l’Evangile :

C’est Jésus qui pleure en face de son ami Lazare qui vient de mourir et à qui il va rendre la vie. C’est la veuve qui pleure sa fille morte qu’il va faire revivre. C’est Jésus qui porte un regard d’amour sur le jeune homme riche qui recule définitivement devant un effort trop difficile pour lui.

De nombreuses situations de compassion de la part de Jésus vont le faire agir et manifester la Miséricorde de Son Père, qui l’aime et qu’il aime.

« La Miséricorde s’est la qualité de Dieu, son Nom ». « Nous sommes appelés à imiter la Miséricorde de Dieu », à nous « ajuster » à l’autre, à l’image parfaite de Jésus le Christ.

Mais les efforts que nous faisons dans l’apprentissage de la vertu de compassion dans notre relation à l’autre ne portent leurs fruits que dans la Grâce de Dieu qui nous y porte. « Ce n’est pas par nos propres efforts que nous sommes miséricordieux », mais nous y contribuons par nos actes.

Cela suppose la justice et la conversion du cœur par rapport à la faute envers autrui, de la plus vénielle à la plus grave, que représente le péché dans le Mal qui peut se présenter à nous à tout moment. Cela nécessite une grande vigilance par rapport aux différentes situations de rencontre avec autrui « le prochain ». C’est le discernement au quotidien, sur lequel l’Eglise met l’accent aujourd’hui.

• René PREDAIGNE, prêtre, dans son exposé intitulé « Les Sacrements et la Miséricorde », nous rappelle que « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » et qu’ils aient une « vie bienheureuse ».

Cela passe par le « pardon de nos péchés » dans un climat de « foi pleine de confiance de notre part », avec l’aide de « l’Esprit Saint associé au mystère pascal », c’est-à-dire l’incarnation qui se révèle dans la Résurrection de Jésus le Christ. C’est l’espérance du plan de salut de Dieu pour les hommes.

« Le Christ est présent dans les sacrements ». Il y a « le mystère du salut en chacun d’eux ».

Parmi tous les sacrements présentés dans leur signification :

« Le sacrement de pénitence est un lieu de reconnaissance et de louange ». Dieu est présent « C’est la lumière de Père, de Dieu sur tout ce qui est bon et ce qui est défectueux ». C’est la manifestation de sa miséricorde.

« C’est la promesse de ne plus offenser Dieu et être réconcilié avec Lui ».

« Le pardon de Dieu nous fait pécheur-pardonné par pure grâce ».

Le Christ a supprimé le mur qui nous séparait de Dieu, dit un participant. Chacun se heurte au mur, c’est le pardon des péchés. Au-delà c’est l’espérance.

François You, Père Abbé bénédictin, dans son exposé « Théologie morale et miséricorde divine » va nous brosser à grands traits l’histoire du sacrement du pardon des péchés dans l’Eglise.

« La prise de conscience de la Miséricorde de Dieu »dans l’Eglise s’est faite progressivement. Mais il faut rappeler que « Dieu ne peut se résoudre à abandonner le pécheur. Il va le chercher ».

Deux niveaux sont appréciés : « la conscience de la gravité du péché et les conditions du pardon ». C’est « l’affinement des consciences » qui est recherché. Dans tous les cas « le pardon est accordé s’il y a conversion », changement de vie. « La pénitence est thérapeutique ».

Mais de « l’excommunions » à la « réconciliation » il y a eu de nombreuses étapes dans l’histoire de l’Eglise de 64 (époque de Néron à Rome) à nos jours.

De la confession très fréquente à une confession par an se fut un débat permanent sur les conditions du pardon par un prêtre.

Les pénitences accordées enfermaient le plus souvent le pécheur dans la culpabilité, et pas suffisamment dans la Miséricorde, car elles étaient sévères et de longue durée, avec le risque de découragement et de récidive.

Deux aspects sont distingués : « l’attrition » qui concerne la motivation (le fils prodigue qui revient, affamé) et la « contrition » qui est la véritable confession. « C’est le cœur de son père qui va redonner au fils prodigue son cœur de fils ». « La miséricorde du Père, de Dieu, est la plénitude du pardon ».

La loi de gradualité a été définie à partir du Synode de la famille en 1981 par Jean Paul II ; c’est une règle pastorale. Elle postule que le respect des exigences élevées par l’Eglise en matière de sexualité ne peut se faire du jour au lendemain mais s’inscrit dans un long chemin de conversion fait d’efforts et de chutes.

Il s’agit d’introduire une « dynamique dans l’absolution des péchés ». C’est un accompagnement du pécheur dans sa repentance « « comme une mère avec son enfant, en Esprit et en Vérité ».

« La justice ne va pas sans la Miséricorde qui nous rend juste ».

« L’idéal est que l’Eglise n’exclue personne »la question des divorcés remariés par exemple…

2. « La relation à son prochain est une expérience éthique d’égalité et de coresponsabilité sans rapport de domination ».

« Aimer avec pitié et compassion, c’est aimer l’homme souffrant tout en haïssant le mal dont il souffre. »

Dans l’ « Ethique à Nicomaque » d’Aristote, citée par le philosophe, c’est l’apprentissage du « juste milieu » dans notre recherche de vertu de compassion dans notre propre comportement, notre corps dans sa totalité, pour que cela transparaisse auprès des autres.

C’est aussi l’effort à la fois individuel et collectif de ceux qui sont en responsabilité. C’est le discernement permanent lorsque la faute par rapport à l’autre est en question dans le fonctionnement des institutions sociales ou politiques, mais aussi dans l’Eglise du Christ, Corps social sacré, dont il est la Tête.

C’est aussi le discernement du Mal, qui tente les hommes, qui rode, et blesse, déforme et pervertit ceux qui sont affaiblis ou aveugles dans la conduite de leur vie. « Le Mal, en soi, n’existerait pas mais c’est nous qui lui donnons une prise par notre aveuglement. Ne soyons pas des combustibles au passage du Mal » à propos du Djihadisme et de D’Aech (cf document interne Abbaye de Belloc, Urt) .

Jean Passicos, prêtre canoniste dans son exposé « L’équité canonique, chemin de Miséricorde ». a dit « La justice est une exigence : elle est la médiation de la charité »

« La charité difracte même une incarnation »C’est la véritable finalité pour l’homme. Ce qui doit être vécu et respecté en conformité au message évangélique. C’est la lumière à mettre dans notre vie de tous les jours.

Ce qui est au cœur c’est notre salut et celui de notre prochain dans le Plan du Salut de Dieu.

L’ « équité « est pour tous les hommes dans le Salut universel proposé à chacun. Cette notion n’existe pas dans le droit français.

C’est trouver la juste peine pour celui qui a dévié sur son chemin de vie. C’est une recherche permanente pour ceux qui sont entre le droit abstrait dans la justice pour tous et la situation concrète des hommes dans la Miséricorde de Dieu. C’est la recherche de l’équité entre chrétiens dans le mystère de l’Incarnation dans le droit canonique de l’Eglise.

La confession et le sacrement de réconciliation sont dans cette problématique. C’est la situation humaine du pécheur par rapport à sa faute.

• Selon Philippe Pujo-Sausset, Juge, la pratique judiciaire commune de la cité distingue le « rendez à Dieu, ce qui revient à Dieu » et à « César ce qui revient à César » de Jésus, mais elle « fait pourtant place à la bienveillance, la clémence, à la prise en compte de la misère physique et morale, surtout celle des victimes ».

La justice des hommes cherche aussi le juste milieu entre souplesse et justesse dans l’impératif du Droit à traiter « la pâte humaine » avec « écouter » « comprendre », « décider », en recherchant « la paix sociale », « l’harmonie », « le respect de la liberté ».

Mais les situations humaines de manquement à la Loi sont complexes et interrogent la conscience du juge, en son âme et conscience, c’est l’intime conviction dans le jugement. C’est aussi une interrogation sur la société et ses dysfonctionnements.

La priorité est donnée aux victimes pour réparer les torts de celui qui les a causés. Celui-ci doit alors purger sa peine qui comporte des graduations prévues par la Loi pénale.

Jean Luc Blanc-Simon, maire d’un village en milieu rural, nous parle de ce qui le guide dans son mandat électif. Il parle de « accepter et faire accepter les différences », « favoriser le vivre ensemble », « concilier autorité en matière de police et relations humaines très diverses et variées ». Il est arbitre et médiateur, mais fait respecter la Loi sur sa commune.

Chacun au quotidien est un citoyen qui fait l’apprentissage de la « fraternité, la solidarité ». Mais cela se fait souvent dans le « conflit » avec la nécessité de se « réconcilier ». C’est faire respecter la laïcité dans le vivre ensemble.

Marie Hélène Bouchereau, animatrice pastorale dans un lycée privé catholique, aborde « justice et pardon en milieu scolaire ». Elle met l’accent sur « vérité et justice » avec les jeunes qui y sont très sensibles.

Le règlement de l’établissement en est le cadre de référence. Mais l’hétérogénéité des milieux sociaux des élèves pose de nombreux problèmes au vivre ensemble et aux objectifs éducatifs.

Se confrontent alors deux perspectives : « la réussite scolaire souhaitée par les parents et la possibilité qui est offerte à l’enfant de grandir en harmonie avec les autres ».

« Avant tout c’est un regard d’amour sur l’élève, une personne, qui lui permet de se construire dans le regard de l’autre ».

Chantal Guillermain, avocate, conseillère conjugale et familiale (Présidente nationale). A partir des situations concrètes présentées, chacun peut distinguer la souffrance individuelle du Mal social. Elle nous dit que l’ « on ne fait pas la paix entre les personnes sans la justice »

« Tout conflit entre personnes doit faire faire surgir la vérité ». « Il ne faut pas confondre erreur et péché dans l’appréciation de la faute. » « la faute n’est pas la tentation ».

« L’accompagnement dans la souffrance des personnes à pour objectif la réconciliation »

« La personne doit réparer, se réparer, et se repentir, pour éviter de reproduire la souffrance »

CONCLUSION

Chaque intervenant dans son domaine de pratique a proposé une réflexion et un enrichissement à la fois du vocabulaire et des concepts associés au terme de justice et pardon, notamment la recherche de l’équité, de la vérité.

Le panorama proposé a permis de développer deux aspects « Justice et Pardon » dans la mise en œuvre de la charité dans la vie concrète des chrétiens.

Une forme de guide pratique de discernement nous a été proposé au sein de pratiques professionnelles. L’apprentissage de la vertu de charité se fait dans l’expérience de Miséricorde dans sa relation à l’autre, notre prochain, et dans l’expérience éthique de la relation aux autres dans la vie en société.

Mais tout cela se fait sous le regard de Dieu Miséricorde, qui nous souhaite miséricordieux, sans perdre de vue notre condition de pécheur- pardonné, qui est constamment la nôtre.

Marielle Januard

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