Diocèse d’Aire-et-Dax
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Espérer, croire, oser...

Nous, au sein de CCFD-Terre Solidaire et dans nos engagements solidaires, croyons que ceux qui crient ont un message à nous transmettre, que personne ne peut le dire à leur place. Nous osons dire notre honte face à certaines situations injustes. Nous espérons que viendra le temps du droit et de la dignité.

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  • 30 mars 2017
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Frère Benoît, communauté de Taizé


En janvier 2015, au lendemain des attentats ayant frappé Paris, le prieur de notre communauté de Taizé, frère Alois, nous a envoyés à quelques-uns pour aller à la rencontre de l’imam de Chalon-sur-Saône, que nous connaissions grâce à des rencontres interreligieuses mais avec qui nous n’avions jamais eu l’occasion d’approfondir l’amitié. Il nous a reçus très chaleureusement. À la fin, il nous a encouragés à revenir en nous invitant à assister à une des prières rituelles lors d’une prochaine visite. Trois semaines plus tard, tous les frères ont ainsi eu l’occasion de se rendre à la mosquée. Pour beaucoup d’entre nous, c’était une première. Nous avons eu un échange sur la foi musulmane, posé des questions et reçu des réponses – puis assisté à la prière. Enfin, autour du thé, nous avons pu rencontrer des croyants musulmans heureux de faire connaissance – autant que nous l’étions.
Quelques mois plus tard, un nouveau défi s’est présenté quand les autorités civiles nous ont proposé d’accueillir à Taizé un groupe de jeunes réfugiés, depuis le camp de Calais. La tradition d’accueil est ancienne pour notre communauté, des « boat people » du Vietnam jusqu’à des Rwandais fuyant le génocide. Plus récemment, deux familles chrétiennes d’Egypte et d’Irak avaient aussi été accueillies.
Avec ces onze jeunes du Soudan et d’Afghanistan, le sens de l’hospitalité s’est encore élargi, puisque, pour la première fois, Taizé accueillait des croyants musulmans. Ils ont depuis été rejoints par une famille syrienne partageant la foi de l’Islam, avec quatre enfants en bas âge. Des liens d’amitié ont été très vite tissés entre nous, l’imam vient régulièrement les voir, ils vont régulièrement à la mosquée le vendredi.
Pour nous les frères, il s’agissait d’abord d’un impératif humanitaire. Devant l’urgence de la crise migratoire, nous avions envie de prendre notre part. L’origine nationale ou religieuse des personnes accueillies est à prendre en compte dans un second temps, pour bien accueillir et comprendre les spécificités, mais ne saurait en aucun cas devenir un critère de sélection. Cet impératif de l’accueil n’est pas nouveau. On trouve dans le premier Testament une telle invitation : « Quand un étranger viendra s’installer chez vous, dans votre pays, ne profitez pas de lui. Au contraire, vous agirez avec lui comme avec quelqu’un de votre peuple. Vous devez l’aimer comme vous-mêmes. En effet, vous aussi, vous avez été des étrangers en Égypte. » (Lévitique 19,33-34)
Pour nous chrétiens, c’est au nom même de notre foi dans le Christ que nous sommes invités à accueillir inconditionnellement, à nous enrichir des différences d’origine. Tout au long de l’Evangile, on voit combien Jésus a consacré d’efforts à aller vers les autres, à réconcilier avec Dieu ceux qui s’en croyaient loin, à dépasser toutes les frontières possibles. Cela nous bouscule forcément dans certaines de nos certitudes.
Sans doute, oser accueillir l’autre, sans vouloir qu’il me ressemble, est un pas à faire dans la confiance, parfois même un saut dans l’inconnu. Mais si nous avons peur de l’autre, n’est-ce pas d’abord par ignorance ? Il semble que le repli sur soi vienne surtout de l’incertitude et de la peur ; un croyant bien enraciné dans sa foi, au clair avec son identité, peut vivre dans une grande ouverture du cœur.
Depuis l’arrivée des jeunes réfugiés à Taizé, un réseau solidaire impressionnant s’est mis en place dans les villages environnants, dont des voisins que nous connaissions très peu, se proposant pour accompagner les jeunes et les familles dans les démarches administratives, ou les inviter à la maison. Être témoins de tout cela donne des raisons d’espérer.

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