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EXCOMMUNICATIONS

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  • 3 décembre 2009
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EXCOMMUNICATIONS

Deux scandales

Le 21 janvier 2009, Benoît XVI a levé l’excommunication qui frappait quatre évêques ordonnés par Mgr Lefebvre en 1988 sans l’accord de Rome, et appartenant à la Fraternité Saint-Pie X, non rattachée à l’Église Catholique romaine, et connue pour son refus de certaines positions du Concile Vatican II. Dans le même temps est publiée une déclaration de Mgr Williamson (l’un de ces quatre évêques) tenant des propos négationnistes concernant la Shoah. Les deux informations mêlées aboutissent au scandale ainsi formulé : « le pape réintègre dans l’Église un évêque négationniste ! ».

Le 5 mars 2009, l’archevêque de Recife (Brésil) a excommunié publiquement la mère et l’équipe médicale ayant procédé à l’avortement d’une fillette de neuf ans violée par son beau-père.

Ainsi brutalement rapprochées, ces deux informations amplifient le scandale et renforcent un sentiment d’injustice profonde et de cruelle inhumanité : comment peut-on être aussi clément pour un évêque négationniste et aussi insensible au drame si lourd de conséquences pour une fillette de neuf ans et sa mère ?

Entre incompréhension et souffrance

Beaucoup de chrétiens ont réagi avec force, exprimant leur incompréhension ou leur colère, leur souffrance ou leur écœurement, ne se reconnaissant pas dans « cette Église-là ». On ne peut que les comprendre. Quelques éclaircissements s’imposent.

Concernant « l’affaire Williamson », le pape Benoît XVI a publié le 12 mars 2009 une « lettre aux évêques catholiques du monde entier » pour s’expliquer sur cette question, y voyant surtout un malentendu causé par un « manque d’information » de sa part. Il y précise notamment que la levée de l’excommunication ne signifie pas la réintégration dans l’Église, mais l’ouverture d’un processus de dialogue qui concerne les quatre évêques personnellement (et non la Fraternité Saint-Pie X), et que l’aboutissement de ce processus passe par l’acceptation du Concile Vatican II, entre autres choses.

Pour le « cas Williamson », après connaissance de ses déclarations, la condition supplémentaire est l’abandon de ses thèses négationnistes. Pour l’heure, la lettre d’excuses envoyée par Mgr Williamson, pas assez explicite sur ce point, a été rejetée par le Saint-Siège. Par ailleurs, la Fraternité Saint-Pie X l’a relevé de ses fonctions. Depuis, les déclaration de la Chancelière allemande Mme Angela Merkel et celles de la délégation des Rabbins d’Israël reçus en audience par le pape, indiquent que le malentendu est éclairci et la crise dépassée. Du moins sous l’angle politique…

Concernant la douloureuse affaire de la fillette brésilienne, les réactions officielles ne se situent pas au même niveau : nous ne sommes pas dans une « incompréhension médiatique », mais bien dans la manière d’accompagner les personnes les plus vulnérables dans les situations les plus délicates qui soient.

Tout le monde connaît le souci de l’Église de défendre toute vie « dès sa conception », et le Droit Canon (droit interne de l’Église) reflète juridiquement cela. Mais la réflexion éthique et pastorale de l’Église est beaucoup plus nuancée quand il s’agit de situations de détresse, et le Droit canon lui-même – qu’invoque l’archevêque de Recife – ne justifie pas une telle sanction dans une situation de ce genre (comme l’explique Mgr Di Falco, évêque de Gap). Par ailleurs, la Conférence Épiscopale du Brésil, la plus haute autorité de l’Église Catholique dans ce pays, a désavoué l’archevêque de Recife.

Mais le plus grave n’est pas là. Il est dans l’oubli de l’humain : « Avant de penser à l’excommunication, il était nécessaire et urgent de sauvegarder sa vie innocente et de la ramener à un niveau d’humanité dont nous, les hommes d’Église, devrions être des annonciateurs experts et des maîtres. Il n’en n’a pas été ainsi... » Ce sont les mots de Mgr Rino Fisichella, Président de l’Académie pontificale pour la vie.

Après avoir affirmé son respect pour la décision difficile prise par la mère et l’équipe médicale qui a procédé à l’avortement, il termine ainsi :

« Ce dont nous ressentons le plus le besoin en ce moment est le signe d’un témoignage de proximité avec celui qui souffre, un acte de miséricorde qui, tout en conservant fermement le principe, est capable de regarder au-delà du domaine juridique pour parvenir à ce que le droit lui-même prévoit comme objectif de son existence : le bien et le salut de ceux qui croient dans l’amour du Père et de ceux qui accueillent l’Évangile du Christ comme les enfants, ceux que Jésus appelait à ses côtés et serrait dans ses bras en disant que c’est à ceux qui sont comme eux qu’appartient le royaume des cieux.

Carmen, nous sommes avec toi. Nous partageons avec toi la souffrance que tu as éprouvée, nous voudrions tout faire pour te rendre la dignité dont tu as été privée et l’amour dont tu auras encore plus besoin ; ce sont d’autres personnes qui méritent l’excommunication et notre pardon, non pas ceux qui t’ont permis de vivre et qui t’aideront à retrouver l’espérance et la confiance malgré la présence du mal et la méchanceté de nombreuses personnes. »
(Osservatore Romano, 15/03/2009)

Pour que tout cela serve à quelque chose…

Après ces éclaircissements bienvenus, on pourrait penser à de simples dysfonctionnements, deux « cas » dramatiques certes, mais isolés, qu’une parole officielle peut « recadrer ». Or ces cas sont révélateurs de situations – nouvelles pour certaines, structurelles pour d’autres – qui vont très probablement produire encore d’autres « cas » semblables…

Dans sa « lettre aux évêques catholiques du monde entier » (citée ci-dessus), Benoît XVI explique les priorités de son pontificat, parmi lesquelles il cite - outre le souci de ceux qui ont quitté la communion catholique - « l’unité de ceux qui croient dans le Christ » (l’œcuménisme) et le dialogue interreligieux. On ne saurait le lui reprocher : le rôle d’un pape est bien de « présider à l’unité des chrétiens » et de viser à la réconciliation la plus large possible. Bien entendu, ce ne doit pas être à n’importe quel prix. Le pape actuel veut faire avancer l’unité en posant des actes publics qu’il voudrait signifiants, comme cette levée de l’excommunication, « main tendue » en direction de la Fraternité Saint-Pie X. Dans sa lettre, il assume ce choix.

Il faut donc s’attendre, dans les années à venir, à des tensions encore plus vives entre des courants internes à l’Église, et dont un enjeu majeur sera l’interprétation des orientations du Concile Vatican II, notamment sur les rapports entre l’Église et la société moderne, ou sur la question de la liberté de conscience. On peut donc s’attendre encore à d’autres déclarations « scandaleuses » ou à d’autres incompréhensions profondes comme celles que nous déplorons ces jours-ci. Plus que jamais, il faudra acquérir le réflexe du discernement avant de juger d’une situation ou d’une déclaration.

L’Église Catholique n’est pas un bloc monolithique : comme notre société, elle est traversée de courants de pensées, d’opinions diverses ; pas seulement au niveau de l’ensemble des baptisés, mais aussi dans ses responsables et jusque dans l’entourage du pape. Comme dans toute société, il y a des groupes de pression, des tendances qui s’affrontent. Heureusement, en un sens, car l’absence de diversité serait un signe évident de dérive sectaire. Le danger n’est pas la diversité, mais le manque de dialogue et surtout de vérité.

Un autre danger vient de la confusion, quand on ne sait plus qui parle au nom de quoi. Méfions-nous spontanément des déclarations qui commencent par « l’Église déclare que… » ou même « Le Vatican a dit que... ». Prenons l’habitude simple de regarder « qui signe » la déclaration, et ne mettons pas tous les textes sur le même plan : on ne met pas au même niveau les évangiles, les textes des Conciles œcuméniques (approuvés par l’ensemble des évêques du monde) et des déclarations plus circonstancielles. Même les déclarations d’un pape n’ont pas toutes le même statut d’autorité (et son « infaillibilité » n’est engagée que dans des cas rigoureusement délimités). Ne soyons pas simplistes, parce que la vie ne l’est pas… L’aventure du dialogue et de la diversité nécessite beaucoup de clarté et de vérité. Et discutons au niveau de l’humain, pour comprendre les vrais enjeux de ce que l’on dit au niveau spirituel.

La communication est devenue un jeu complexe que l’Église ne maîtrise pas bien. Quelques grands groupes de presse peuvent tenter de faire ou défaire l’opinion publique, mais eux-mêmes ont beaucoup de mal à maîtriser ce média fascinant et si puissant qu’est l’Internet. Les déclarations négationnistes de Mgr Williamson sur une télévision suédoise et l’excommunication prononcée par l’archevêque de Recife au Brésil ont fait le tour du monde en quelques heures. Et c’est ce qui a nourri les « gros titres », qui – forcément – frappent les esprits.

Les démentis, les explications, les clarifications arrivent toujours trop tard. Et, parce qu’elles sont plus pondérées, mesurées, réfléchies, elles attirent moins les regards qu’un gros titre qui fait scandale. S’en lamenter ne changerait pas grand chose, et vouloir maîtriser les médias relève du fantasme ou du totalitarisme. Il nous faut donc apprendre à communiquer, mais aussi apprendre à « consommer » les médias de façon lucide et à varier les sources d’informations qui sont les nôtres.

La complexité fait désormais partie de notre façon de vivre. En Église, il nous faut tenter le dialogue avec d’autres chrétiens et accueillir une diversité de courants spirituels sans nous cloisonner en compartiments étanches et sans perdre de vue le sens profond de l’Église exprimé dans tous les Conciles. Il nous faut défendre la vie, surtout la plus fragile, et accompagner humainement et spirituellement les personnes en situations de détresse, à l’exemple du Christ. Que nous ne soyons pas toujours bien compris à cause de cela, c’est une chose ; mais que nous en soyons incapables serait bien plus grave.

La « tension » entre les grands principes directeurs (accueil de l’autre, respect de la vie) et les situations humaines concrètes sera toujours « crucifiante » pour nous. Mais la « croix », pour nous chrétiens, est un choix fait par amour – malgré toutes les violences humaines – et qui débouche sur la vie, une vie restaurée, renouvelée.

Si ces « scandales » pouvaient nous aider à être plus lucides, plus humains, plus chrétiens…

La CERCA
19 mars 2009

- Les documents officiels de l’Église évoqués ici sont consultables sur le site officiel du Vatican :

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