Diocèse d’Aire-et-Dax
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Dans les Landes

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  • 3 décembre 2009
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Dans les Landes

Vie des Hommes

Chemins d’Évangile

Depuis trois ans nous avons, les uns et les autres, multiplié les réunions de travail pour préparer le passage de 354 à 36 paroisses. Ceci s’est fait parfois dans la douleur. La réorganisation est faite. Nous étions tous conscients des enjeux et des limites d’un tel effort : il y va de l’évangélisation dans les Landes, mais il ne s’agit encore que de l’emballage. Ensemble revenons à la vie des hommes. C’est à eux que le Christ Jésus envoie les baptisés du diocèse, à travers nos paroisses, mais aussi nos mouvements et services. C’est aux hommes et aux femmes autour de nous que nous voulons annoncer la Bonne Nouvelle.

Qui sont-ils ces hommes et ces femmes ?
Que vivent-ils ?
En quoi l’Évangile sera-t-il pour eux une espérance ?

Notre petit groupe n’a pas les réponses à ces questions. Il suggère seulement, du cœur de sa responsabilité voulue par notre évêque lors du synode, que tous nos conseils naissants, toutes nos équipes diocésaines et à travers eux le maximum de baptisés du diocèse se tournent résolument vers les joies, les espoirs, les questions et les angoisses de nos concitoyens et de nous-mêmes. Nous le ferons avec le Christ et son Esprit qui nous habitent.

Nous ne pouvons ici que rappeler pour notre part, quelques secteurs de vie à observer de près et quelques faits ou situations déjà repérables. Le tout serait à resituer dans un paysage français et même occidental dont la caractéristique pourrait être actuellement l’incertitude. Une société se défait, devant nous et parmi nous, une autre va naître mais personne ne peut dire laquelle. Ce changement d’époque touche tous les domaines.

Regarder la vie, c’est regarder autant ce gui va et ce qui ne va pas. Regarder la vie, c’est travailler sur des analyses pour comprendre des évolutions, mais c’est aussi écouter des personnes pour découvrir comment elles vivent ces évolutions. Parler avec les gens est plus important que parler des gens !

1. Le poids de l’économie sur nous tous.

Globalement, sur dix landais, un peu plus d’un vit de l’agriculture, un peu moins de un vit du bâtiment et des travaux publics, près de deux vivent de l’industrie et six du tertiaire. Le chômage (@ 11 % des actifs) est légèrement inférieur aux moyennes régionales (@ 13 %) ou nationales (@ 12 %). Mais combien de jeunes quittent le département pour trouver un emploi ? !

La mondialisation de l’économie n’est pas forcément la cause de nos maux mais elle est la phase actuelle - et qui va s’accentuer - d’une économie faite d’échanges internationaux croissants. Elle prend ainsi chez nous le visage de nouveaux propriétaires anglais, canadiens, irlandais, belges, zaïrois, japonais, d’usines situés par exemple à : Tartas, Rion, Laluque, St Geours, Pontonx, Labatut, Mimizan, etc. ... De même l’Europe est-elle sans cesse critiquée, mais nous dépendons d’elle quotidiennement par nos exportations et nos importations, par notre tourisme et notre agriculture.

Cette vie économique est devenue un vrai combat, fait de dureté et de coups bas qui fragilisent les emplois et se répercutent en chocs sur les jeunes, les couples, les familles. La qualité de notre propre travail professionnel et de nos entreprises est-elle cette chance supplémentaire de survie que nous donnerons à nos emplois ?

En quoi et comment nos communautés chrétiennes sont-elles impliquées dans la relation et la solidarité avec les exclus de cette course économique ? À notre place, dans la vie économique, participons-nous de façon positive aux débats sur le partage du travail, la recherche du neuf, la défense des acquis et sur la finalité de l’économie, c’est-à-dire le primat de l’homme et non de l’argent ?

Même si le nombre des exploitations agricoles a chuté de moitié en vingt ans, l’agriculture continue de marquer le paysage landais. Vu de près, le monde agricole a éclaté lui aussi, sous les choix et sous les chocs du libéralisme, des investissements lourds, des distorsions entre entreprises familiales et entreprises industrialisées, ainsi qu’entre les organisations syndicales.
Dans ce sauve-qui-peut agricole, où sont les chrétiens, où est l’Église ?Comment accompagne-t-elle ceux qui sont dévorés de travail et de dettes, et ceux que marque la honte d’un échec ?

La forêt landaise est belle à voir, mais sa fragilité économique transparaît sous la concurrence hyper mécanisée des pays scandinaves. La filière-bois multiplie les pertes de postes et les licenciements (Labouheyre). L’industrie du papier souffle le chaud et le froid.

Tourisme et thermalisme landais sont très actifs : 280 000 lits, 134 campings, près de 20 millions de nuitées à l’année. Le choix opéré est celui du confort sinon du luxe : les Landes ont la plus forte représentation de campings 3 ou 4 étoiles de France et 80 % des chambres hôtelières ont 2 ou 3 étoiles. Comment se loger à l’année sur la côte ?

En plus des célébrations multiples de l’été, quelle est notre pastorale du tourisme, y compris auprès des saisonniers ? Comment nos communautés prennent-elles en compte cette vie, à l’année et en saison ?

2. Une vie politique de terrain marquée par l’intercommunalité.

L’évolution de nos sociétés nous pousse à la concentration des moyens et des services, ce qui développe l’anonymat. Le goût de la vie, lui, nous pousse à la proximité des personnes. Cette tension entre concentration et proximité est au cœur de l’évolution des. communes comme elle l’est de celle des paroisses d’hier et d’aujourd’hui.

Après 18 mois de débat national sur l’aménagement du territoire, une loi d’orientation est sortie le 4 Février 1995. C’est l’avenir des communes qui est en jeu, mais aussi la maîtrise ou non d’une économie qui, sinon, aboutira à des concentrations sauvages de populations et de moyens à côté d’une désertification croissante. Encore faut-il que nos « pays » aient des projets pour vivre. Lesquels ?

Qui d’entre nous suit de près ces réalités en cours dans les communes ? Nous sommes-nous posé la question d’un éventuel engagement en politique ? Comment aider les chrétiens, les hommes et les femmes en recherche et en responsabilité sur ces terrains ?

3. La place croissante des loisirs.

Surtout pour les enfants et les jeunes, le sport est le premier loisir. Et leurs choix ne sont guère reflétés par les médias, semble-t-il, si l’on constate que le premier sport collectif dans les Landes, en nombre de licenciés, c’est le basket, suivi du football et finalement du rugby (respectivement 10.060, 9.600 et 9.040 licenciés).

C’est d’abord le plaisir de retrouver les copains. Puis, vers 12 ans, vient la sélection et la compétition. Le football fait rêver de salaires énormes et de célébrité, le rugby et le basket veulent en prendre le chemin. C’est en tout cas un lieu très fort d’éducation, de socialisation, de confiance en soi, de solidarité même. Les cadres sont d’anciens joueurs qui rendent à de plus jeunes ce qu’ils avaient reçu. L’arrivée de l’argent transformera ces liens d’amitié, de jeu et de service. En quoi ?

Comment promouvoir un respect des enfants, des jeunes et même des adultes plutôt que promouvoir un spectacle devenu moyen de faire de l’argent ?

Le sport a aussi ses dérives comme l’enfermement sur une passion et un petit groupe, ou comme la proximité de l’alcool en « 3ème mi-temps » savamment organisée par des personnes qui y ont leur intérêt.

La fête est l’un des plus intenses moments d’une humanité qui a besoin de briser les routines et qui aime se plonger dans la convivialité du groupe. Nous le vivons en famille et dans les villages. Par contre, la puissance des moyens de nos villes (Mt-de-Marsan, Dax, St Sever ... ) accentue à grande vitesse le caractère commercial d’attirance des foules : deux fois plus de personnes que d’habitants, prix élevé des principaux spectacles, invasion de l’alcool (un bar qui ouvre une « bodega » sur la rue double son chiffre d’affaires annuel en une semaine). La convivialité de groupe a laissé la place à l’anonymat de masse : ces grandes fêtes sont devenues des lieux d’impunité pour les règlements de comptes et la violence gratuite. La police et les assureurs le savent, les élus locaux le nient, la presse n’arrive plus à le cacher. Si les municipalités allégeaient ces fêtes pour leur rendre taille humaine, qui les soutiendrait ? Sans oublier que ces rassemblements montrent spectaculairement des failles de nos sociétés visibles ailleurs tout le restant de l’année. Il faudrait regarder aussi de près les causes directes et indirectes de ces atroces morts de jeunes sur nos routes les nuits des vendredis et samedis.

Le monde des associations (plus de 8 000 dans les Landes !) répond quotidiennement aux attentes les plus diverses des citoyens sportives, culturelles, sociales, humanitaires. Elles sont l’une des trames les plus solides de nos sociétés, tout en mêlant bénévolat et recherche de pouvoir, esprit de service et récupération politique, enthousiasme et enfermement.

Nombre de baptisés y sont très engagés : où peuvent-ils relire cette vie à la lumière de l’Évangile ?

4. C’est souvent le fond de l’être qui est atteint.

« Chez nous dans les Landes »... c’est en réalité comme ailleurs ! L’intensité des phénomènes sociaux y est parfois moindre mais l’usure sur les cœurs et sur les vies y est identique : familles divorcées, couples de passage, enfants et jeunes en mal de structuration de leur personne et qui ne supportent littéralement plus de rencontrer limites et barrières. Le nombre de malades mentaux parait croître sous les chocs de la vie.

Auprès de qui et comment témoignons-nous d’un Christ qui rejette le péché mais pas le pécheur, qui remet debout et rend à l’espérance ? Et nous-mêmes, serions-nous hors des bourrasques de la vie actuelle ? Où rejoignons-nous Jésus sur nos chemins landais d’Emmaüs ?

Nous aurons bientôt un médecin pour chacun des membres et des organes de nos corps, alors que c’est notre être qui est le plus souvent malade. Nous ferons des lois pour anesthésier socialement les « Rmistes », alors que c’est notre société qui est malade de tant produire d’exclus. Nous ne voudrions plus faire naître que des enfants sans défauts ni handicaps, alors que notre extrême difficulté à donner à ces jeunes des repères moraux, sociaux ou religieux, affaiblit tragiquement la structuration de leur personnalité et donc de leur propre avenir.

Quels lieux nous offrons-nous et ouvrons-nous aux autres pour réfléchir à ces pratiques incohérentes et qui touchent au plus profond de nous-mêmes ? En quoi le Christ nous y rejoint-il comme un compagnon de route qui redonne sens à notre humanité blessée ?

Quels mouvements ou services proposons-nous aux jeunes ? Les ouvrent-ils à une vie de liberté et de risque quand les vents qui soufflent sur eux sont souvent de consommation et de craintes ? Où leur proposons-nous de rencontrer le Christ ?

5. L’Ég1ise du Christ au milieu des hommes.

L’Église ne pouvait pas être soustraite aux conséquences de ce changement d’époque vécu dans l’incertitude sociale et personnelle. Une secte met à l’abri, une Église met en route. L’Esprit de Jésus nous accompagne aussi dans nos restructurations de paroisses !

Allons-nous prendre des places ou prendre notre place ? Allons-nous critiquer ce qui vient d’en haut et nous-mêmes distribuer des rôles sans écouter la base ? Allons-nous renforcer le pouvoir des curés et des clercs, renforcer identiquement un nouveau cléricalisme de laïcs en pointe, ou saisir plutôt l’occasion de faire vivre une Église de concertation, de responsabilité et de partage ?

Allons-nous plonger corps et âmes dans l’organisation de structures et de réunions ou grandir dans la foi au Christ à travers et Parfois malgré nos structures ? Où et comment allons-nous penser à vivifier en nous-mêmes le Baptême par l’accueil de la Parole de Dieu, par la prière, les sacrements et la recherche du Christ en nos vies et en celle des autres ?

Dans ce grand chambardement pastoral, humain et économique de nos paroisses (la comptabilité des relais et des paroisses n’en sera pas le moindre), quels moyens concrets et précis allons-nous prendre pour faire vraiment du neuf et pas seulement pour habiller l’ancien de couleurs nouvelles ?

« L’Esprit et l’Épouse disent "Viens !" Que celui qui écoute dise "Viens !" Et que l’homme assoiffé s’approche, que l’homme de désir reçoive l’eau de la vie, gratuitement. » [Apocalypse, 22-17].

Le Christ nous envoie aux hommes et aux femmes assoiffés.
Quelle est leur soif ?

Cellule de Réflexion Chrétienne sur l’Actualité
le 03 octobre 1996

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