Diocèse d’Aire-et-Dax
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Bientôt : des élections

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  • 3 décembre 2001
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Bientôt : des élections.
Redécouvrir la politique

"Le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir."
(Mc 10, 45)
"Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu."
(Mc 12, 17)

Nous entretenons aujourd’hui un rapport paradoxal à la politique : nous n’avons jamais autant critiqué et moqué nos politiciens, mais nous attendons beaucoup de l’État et de nos élus ! Le fait est que l’on observe globalement un discrédit du politique, ce qui se traduit par une baisse des engagements forts (politiques et syndicaux), et même de l’exercice du droit de vote. Au point que beaucoup, à commencer par les évêques de France, tirent une sonnette d’alarme : si les citoyen(ne)s abandonnent le pouvoir qui est entre leurs mains, par lassitude, déception, ou inconscience, il ne disparaîtra pas, il se concentrera entre les mains de quelques uns, qui sauront en profiter.

Mais il y a plus important : la politique est un lieu majeur de croissance en humanité. Lieu de conflit ou de dialogue, de pouvoir pris ou partagé, d’égoïsme ou de solidarité, lieu où se construit notre vivre ensemble et notre identité … il ne peut, ni ne doit, être traité à la légère.

Il est donc vital de réhabiliter la politique. Les évêques du monde entier (Vatican II) et plus récemment les évêques français (voir références en page 4) ont dit des choses fortes à ce sujet. Nous ne voulons y apporter que quelques réactions…

Réhabiliter la politique, c’est veiller à la manière dont nous en parlons, surtout auprès des jeunes, qui forgent leur rapport au monde dans le contexte exaltant, mais difficile, de la mondialisation. Des efforts sont faits, dans nos écoles, pour une information politique et une éducation au civisme. Plusieurs communes des Landes ont tenté l’expérience d’un "conseil municipal des jeunes", et même des enfants. Des mouvements d’Église, des associations, … donnent l’occasion à des enfants ou des jeunes de s’intéresser à ce qui se passe dans leur village, leur quartier, leur école, et de s’y investir à leur mesure. Il est important d’apprendre le plus tôt possible que – malgré l’impact des décisions prises à l’échelle du monde – il est possible de faire bouger des choses à notre échelle.

Réhabiliter la politique, c’est sortir des caricatures, des "affaires", et de la "langue de bois". On accuse les politiciens d’y avoir souvent recours, mais le discours qui les critique ne fait pas mieux. Jeter le discrédit, sans discernement, sur tous les politiques, est au fond plus dangereux pour la démocratie que les agissements coupables de quelques politiciens. Il est nécessaire (et urgent) que justice soit faite, à tous les niveaux, et que l’activité politique soit mieux encadrée juridiquement. Mais n’oublions pas le dévouement, l’honnêteté et la générosité de centaines de milliers d’élu(e)s et de citoyen(ne)s qui font vivre notre démocratie et gèrent au quotidiens les infrastructure dont nous profitons toutes et tous.

Réhabiliter la politique, c’est ne pas nous décharger de nos responsabilités sur le dos de nos élus. Le poids des risques, la menace des procès, pour tout ce qui peut se produire dans une commune, pèsent beaucoup sur les épaules des élus. Dans beaucoup de commune, ils ont vu leurs responsabilités croître plus vite que les moyens mis à leur disposition. Beaucoup d’administrés attendent une sécurité totale, ou veulent un responsable tout désigné en cas d’accident. De fait, il est normal que toute personne, ayant un pouvoir public, rende des comptes … mais tout le monde doit se sentir concerné, responsable aussi de la bonne marche de ce qui touche la vie commune.

Réhabiliter la politique, c’est considérer les personnes qui s’y engagent, et aussi leurs conjoints, leurs familles. Beaucoup y sont pour le service de l’homme – parfois au nom de leur foi – et non par goût du pouvoir. Réhabiliter la politique, c’est peut être aussi encourager des jeunes à y faire leurs premiers pas, pour y découvrir l’engagement et le service concret du bien commun. L’estime et l’encouragement sont d’autant plus nécessaire que la politique reste un lieu passionnel, lieu de combats et de conflits qui touchent les personnes, au delà des étiquettes politiques (surtout quand les clivages politiques traditionnels tendent à s’effacer). Parfois, la famille entière en subit les conséquences. La confrontation est nécessaire à la bonne marche de la démocratie ; certains conflits sont donc inévitables. Mais rien ne justifie les débordements de violence, l’atteinte aux personnes, la diffamation, le mensonge. L’affrontement des idées peut être mené dans le respect de l’adversaire, voire dans l’amitié.

Réhabiliter la politique, c’est lui redonner sa place et sa lisibilité publique : les discours politiques sont trop souvent insipides parce que prévisibles et sans souffle. On n’écoute même plus, persuadés de toujours entendre la même chose. Il est vrai que le réel s’impose, et laisse peu de marge de manœuvre. Les dossiers sont techniques, d’où l’impression que tous les discours se ressemblent, quelle que soit l’étiquette politique. Or, on se méfie des étiquettes politiques comme beaucoup se méfient des étiquettes religieuses ou syndicales. Plutôt que d’étiquettes, parlons donc de choix de société, et discutons-en. C’est là le véritable enjeu. On ressent plus que jamais un besoin d’authenticité, de liberté de parole, un souci d’honnêteté intellectuelle, et de vrai débat sur ce que nous bâtissons comme avenir.

Réhabiliter la politique, c’est – pour des chrétiens aussi – prendre une part de responsabilité dans le tissu associatif, dans la vie des quartiers ou des immeubles, et – pourquoi pas ? – comme élu local, voire plus. Ce pourrait être aussi de proposer – indiquer ou créer – des lieux de réflexion, d’écoute, d’échange, … pour celles et ceux qui s’engagent en politique, et n’ont pas toujours de lieux de ressourcement ou de prise de distance. Qu’une chose soit claire quand on parle d’engagement chrétien : il ne s’agit pas de partir à la reconquête d’un pouvoir que l’Église aurait eu (ou qu’on lui a attribué) ; ce serait illusoire et contraire à l’Évangile. Il s’agit simplement de prendre la mesure de l’exercice concret de la solidarité et de la justice évangéliques.

Réhabiliter la politique, c’est prendre en compte cette dimension dans nos divers lieux d’Église et de célébration.

La prière universelle de la messe du dimanche porte naturellement le souci de tous les hommes, dans leurs engagements et leurs responsabilités.

Nous avons déjà évoqué des lieux d’éducation chrétienne des enfants et des jeunes (écoles, mouvements, catéchèse, …) : comment rendre moins floue à leurs yeux la notion de "bien commun" ? comment éveiller leur sens de la responsabilité avec et pour les autres ?

On peut aussi souligner un lieu majeur où porter le souci du politique au sens large : nos Conseils pastoraux. La mondialisation, l’individualisme, la parité homme-femme, la réforme des collectivités locales, les choix d’aménagement du territoire, la présence et le travail des associations, le vote des étrangers résidents sur place, etc. … autant de domaines qui intéressent nos pratiques pastorales, qui façonnent notre humanité et notre vivre ensemble. L’Église n’a pas de "stratégie politique" à mettre en œuvre, mais les chrétiens sont partie prenante de toutes ces questions, au nom de l’homme, image de Dieu. Les décisions politiques (ou leur absence) ont des répercussions humaines qui ne peuvent pas laisser un chrétien indifférent. Il est logique que certain(e)s chrétien(ne)s y engagent leurs forces au nom de leur foi.
Depuis les origines du christianisme, les chrétiens ont réfléchi sur leur rapport au pouvoir, leur place dans la communauté humaine, le sens de la politique.

Pour approfondir la réflexion, vous pouvez consulter l’ouvrage du P. Pierre Debergé "Enquête sur le pouvoir – Approche biblique et théologique" (Nouvelle Cité, 1997).

Et, bien sûr, les textes ou déclarations ci-dessous :
1964 : Concile Vatican II, "l’Église dans le monde de ce temps"
(chap. IV : la communauté politique).
1972 : Pour une pratique chrétienne de la politique
(Assemblée plénière de l’épiscopat français).
1999 : Réhabiliter la politique
(Commission sociale de l’épiscopat français).
2000 : Les municipales : une chance pour la démocratie
(Commission sociale de l’épiscopat français).

La C.E.R.C.A.
Janvier 2001

Mail : cerca chez catholique-aire-dax.cef.fr

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